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Les immigrants sont surqualifiés

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Audrey Neveu - 37e AVENUE

 

Le cliché du chauffeur de taxi diplômé en médecine dans son pays d'origine traduit un problème bien réel : les travailleurs surqualifiés sont deux fois plus nombreux parmi les immigrants que chez les Canadiens d'origine, selon une étude de Statistique Canada.

Selon cette étude publiée en 2012, 43 % des femmes et 35 % des hommes détenant un diplôme d'une université non canadienne ou américaine occupent un emploi pour lequel les compétences requises sont inférieures à celles qu’ils possèdent.

À l'inverse, le taux de surqualification chez les Canadiens d'origine et les immigrants détenant un diplôme canadien ou américain oscille entre 15 et 20 %, selon les données recueillies par Statistique Canada.

Cet écart peut paraître surprenant, mais a quelques fondements clairs. « Les immigrants n'ont pas un réseau aussi développé, explique Claude Montmarquette, professeur émérite en sciences économiques à l'Université de Montréal. Avec un diplôme canadien ou québécois, vous avez des collègues de classe et un réseau. Si vous arrivez de l'extérieur, vous n'en avez aucun, alors vous acceptez un emploi plus bas que vos qualifications pour démarrer. »

Et les obstacles sont plus importants encore pour les travailleurs exerçant une profession régie par un ordre, comme la médecine. Selon Claude Montmarquette, les ordres professionnels font tout pour protéger leur marché et créent des obstacles à la reconnaissance des diplômes des travailleurs étrangers.

Au gouvernement de choisir

Le gouvernement du Canada et des provinces choisissent pourtant les travailleurs qui immigreront sur leur territoire. Les politiques d'immigration évaluaient auparavant les candidats selon leur profil davantage que sur leurs compétences, mais elles sont en train de changer. « Au Québec, on voulait beaucoup de personnes qui parlent français, sans égard au domaine et à l'intérêt de l'immigrant à réellement travailler », rappelle Claude Montmarquette.

Or, l'arrimage des politiques d'immigration aux besoins du marché du travail est la clé pour intégrer les nouveaux arrivants et combler les pénuries de main-d'œuvre au Canada.

La nouvelle Loi sur l’immigration adoptée au printemps 2016 par le gouvernement québécois vise justement à corriger ce problème. Arrimée à la nouvelle Politique québécoise en matière d’immigration, de participation et d’inclusion Ensemble, nous sommes le Québec, cette loi a pour objectif de faciliter l’intégration des nouveaux arrivants au milieu du travail. À cette fin, la sélection des immigrants accorde désormais une importance accrue à l’adéquation entre le profil de l’individu et les besoins en main-d’œuvre du Québec.

Dans son Plan d’immigration du Québec 2017, le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion annonce vouloir augmenter à 63 % d’ici 2019 la part de l’immigration économique, composée de travailleurs qualifiés, de gens d’affaires et de travailleurs autonomes. Un objectif qui laisse entrevoir bien des défis en matière d’adéquation entre les compétences des immigrants et l’emploi qu’ils occupent.