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Insalubrité: Montréal serre la vis aux propriétaires de logements

Valérie Plante
Photo Sarah Daoust-Braun Valérie Plante

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Des propriétaires d'immeubles à logements critiquent les nouvelles mesures pour lutter contre l'insalubrité annoncées jeudi par la Ville de Montréal, dont l’émission de constats d'infraction «sur-le-champ» aux récalcitrants, ce qui risque de créer davantage de conflits.

La mairesse de Montréal Valérie Plante a expliqué que cela permettra à la Ville d’agir de façon plus simple et efficace lorsque des propriétaires négligent leurs logements.

«Avant, il fallait avoir beaucoup d’information pour monter des cas. Cette fois-ci on peut donner rapidement un constat d’infraction un peu à la méthode des contraventions de stationnement», a-t-elle indiqué jeudi, alors qu’elle présentait son plan d’action sur quatre ans pour «des conditions de logement décentes».

Pour le porte-parole de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), Hans Brouillette, cette action semble «donner bonne conscience à la Ville pour son image» et n’aidera pas à régler la problématique de l’insalubrité.

«Il y a un risque d’abus de pouvoir de la part des inspecteurs. Ils vont y aller avec des interprétations subjectives sans même identifier la source du problème [qui pourrait venir des locataires]», soutient-il, citant en exemple de la moisissure qui pourrait être causée par un écoulement d’eau, mais aussi par des vêtements mouillés à sécher créant de l’humidité.

La métropole a aussi l’intention de tripler le nombre d’inspections de logements, passant de 10 000 dans les quatre dernières années à 31 200 d’ici 2021, en pratiquant entre autres davantage d’inspections préventives.

«Infantilisés»

Hans Brouillette a déploré que le plan d’action ne fasse pas la différence entre les propriétaires récalcitrants, et ceux qui n’ont simplement pas les moyens de financer de gros travaux. La CORPIQ n’a d’ailleurs pas été consultée pour l’élaboration du plan d’action.

«On ne sent infantilisés», a critiqué le porte-parole, alors que l’un des objectifs du plan est de responsabiliser les propriétaires.

Selon M. Brouillette, le contrôle restrictif des prix des loyers par la Régie du logement fait en sorte que les propriétaires n’ont pas de marge de manœuvre nécessaire pour rembourser leurs prêts.

La Ville a tout de même l’intention à l’hiver 2020 de réviser les programmes d’aide financière à la rénovation pour aider les propriétaires à lutter contre l’insalubrité.

Le Front d’action populaire en réaménagement urbain reproche de son côté à la Ville de n’avoir rien prévu pour freiner l’augmentation des prix des loyers à la suite de rénovations. «Même subventionnés, ces travaux feront monter le prix des loyers; or, les locataires à faible et à modeste revenus n’ont aucune marge de manœuvre sur le plan financier», a réagi par voie de communiqué la coordonnatrice Marie-José Corriveau.

Nouvel outil

Montréal mettra aussi en ligne au courant de l’été un nouvel indicateur de risque d’insalubrité qui permettra de déterminer quels logements ont besoin d’une inspection en priorité et de mieux informer les futurs locataires.

Cet outil inclura aussi des données sur les punaises de lit. Valérie Plante a d’ailleurs annoncé que les rapports d’inspection des compagnies d’extermination sont maintenant ouverts au public.

Les arrondissements de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce et d’Ahuntsic-Cartierville font partie des secteurs avec le plus haut risque d’insalubrité.