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L’humour, protecteur de la langue française

Les finalistes de l'édition 2018 de LOL-Mort de rire. Crédit : Concours LOL-Ontario.
Les finalistes de l'édition 2018 de LOL-Mort de rire. Crédit : Concours LOL-Ontario.

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À la lecture du titre de ce billet, je suis certaine que plusieurs se sont exclamés, scandalisés : « Quoi ?! Comme si les humoristes, qui martyrisent le français, pouvaient participer à sa survie !!!! Voyons donc ! ».

Je vais vous en donner une preuve aujourd’hui.

Et soyons thématiques : à quelques jours de la Fête du Canada, je vous propose de jeter un coup d’œil à ce qui se passe hors Québec, et plus précisément chez nos amis franco-ontariens.

Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance d’agir en tant que membre du jury pour un concours d’humour bien spécial, le concours LOL – Mort de rire.

Ce concours d’adresse au 14-18 ans et se passe en français de A à Z.

L’objectif du concours est fort simple : « Transmettre la langue française et la culture franco-ontarienne aux générations actuelles et futures ».

De bourreau de la langue à vecteur de sauvegarde

Je n’invente rien : combien de fois avons-nous entendu des personnalités médiatiques accuser les humoristes de tous les maux de la langue française au Québec, en les traitant au mieux d’ignares et au pire de demeurés ?

Ne pointons personne du doigt : cette étiquette colle aux humoristes depuis les années 1970 et les beaux jours des Cyniques... eux aussi accusés des mêmes torts.

D’accord, les humoristes ne parlent pas tous et toutes un français digne de l’Académie. Ils et elles n’en demeurent pas moins de loyaux communicateurs et vecteurs de la langue.

Et certaines personnes en Ontario ont décidé d’utiliser le tout à leur avantage.

Les humoristes francophones jouissent d’une très grande popularité au Québec, certes, mais on ne peut ignorer que cette popularité est également partagée dans les autres communautés francophones canadiennes.

Alors, en Ontario, on a fait l’équation suivante : l’humour est populaire + le besoin de mettre la langue française en valeur pour assurer sa pérennité = créer un concours d’humour de langue française en Ontario pour la nouvelle génération de Franco-Ontariens.

Comprendre la pertinence et la légitimité de l’humour

Il y a un tas d’éléments qui font en sorte que j’applaudis la démarche.

Les architectes du projet Jeunesse humour (les organisateurs du concours) ont su percevoir les bénéfices de miser sur l’humour comme vecteur de promotion de la langue.

Ils ont compris que l’humour sur scène se travaille d’abord à l’écrit et force les participants à coucher le français sur papier, à travailler avec son vocabulaire, à respecter ses règles.

Ils ont aussi intégré l’idée que l’humour sur scène, pour atteindre la cible, doit être bien exprimé, avec les mots justes, dans un rythme qui lui appartient, qui n’est pas le rythme de l’anglais ou de l’espagnol.

Ils ont saisi l’importance de la culture pour l’appréciation de l’humour. Ce faisant, les participants aux projets communiquent au public des éléments de la culture franco-ontarienne, contribuant ainsi à sa diffusion et à son rayonnement.

Ils ont misé sur le fait qu’en étant un art d’expression publique, l’humour exprimé en français permet à son communicateur de bâtir une plus grande confiance dans ses propres habiletés à parler la langue de Molière sans gêne dans une province majoritairement anglophone, et à en être fier.

Et le plus beau dans tout ça ? C’est que les architectes de Jeunesse humour ont réussi à convaincre les conseils scolaires francophones ontariens de sauter dans le bateau.

Résultats : une demande de plus en plus grande des écoles, et une augmentation constante du nombre de participants et du territoire couvert par le concours depuis ses débuts en 2014.

Si ce n’est pas une réussite, si ce n’est pas une initiative gagnante de développement de la langue et de la culture par l'humour, je ne sais pas ce que c'est.

Est-ce que c’est drôle de l’humour franco-ontarien ?

C’est hilarant !

Bien sûr, dans le cadre d’un concours, on voit de tout : des jeunes artistes talentueux et d’autres qui ont encore du chemin à faire.

Ceci dit, les cinq meilleurs participants ont offert une qualité de spectacle qui valait le déplacement. Je n’ai pas regretté une seconde d’avoir fait le trajet vers Ottawa.

Il y a un petit peu de nous-autres là-dedans...

En toute honnêteté, je me dois de dire que les finalistes du concours ont reçu de la formation qui leur a été transmise à partir du Québec. Parmi les partenaires de Jeunesse humour, on retrouve Juste pour rire et l’École nationale de l’humour.

Alors oui, mesdames et messieurs : l’humour au Québec est un vecteur de transmission de la langue française et de la culture francophone en Amérique du Nord, que vous appréciez ses humoristes ou pas.

Mais je ne peux pas m'empêcher de me demander ce qu'on attend pour construire une telle structure chez nous en s'alliant le ministère de l'Éducation et nos créateurs ? 

Pourquoi est-ce qu'on participe à un si beau projet, aussi bien ficellé, aussi bien organisé, chez les voisins et qu'on ne le fait pas dans notre cour ? Est-ce le syndrôme du cordonnier mal chaussé ? 

Parce qu'il y en a eu des concours pour les adolescents au Québec... mais en aussi grande collaboration avec le système de l'Éducation et ses acteurs, sur une période de plus de trois ans, et avec croissance constante ? Jamais.

Pourtant, nous aussi nous avons tout intérêt à faire la promotion de la langue française chez les jeunes générations...

En tout cas.

Si jamais, au mois d’août, vous prévoyez un petit saut en Ontario, n’hésitez pas à planifier un détour par St-Albert au Festival de la Curd. Vous pourrez y voir la troupe LOL en spectacle. N'économisez pas vos appplaudissements, car ils les méritent grandement. Ce sont de fiers ambassadeurs de la langue et de la culture franco-ontarienne.