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Une retraite qui donne la Cour suprême à la droite

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Le juge de la Cour suprême des États-Unis Anthony Kennedy vient d’annoncer sa retraite. Pour Donald Trump et les républicains, c’est un cadeau du ciel, mais la polarisation accrue de la Cour pourrait envenimer davantage le climat politique.

Nommé par Ronald Reagan en 1988, Kennedy était le plus ancien juge de la Cour suprême et il était souvent le vote décisif entre quatre républicains conservateurs et quatre démocrates progressistes.

Contrairement à leurs homologues canadiens qui doivent se retirer à 75 ans, les neuf juges de la Cour suprême des États-Unis sont nommés à vie. Pour un président, le choix d’un juge est l’occasion d’avoir un impact durable.

Le départ de Kennedy permettra à Donald Trump de nommer un deuxième juge qui fera basculer la Cour à droite pour longtemps.

Les républicains jubilent

Neil Gorsuch, le premier juge nommé par Trump, remplaçait le très conservateur Antonin Scalia, ce qui n’a pas affecté l’équilibre de la Cour. Sa nomination a toutefois été l’objet d’un geste sans précédent du Sénat républicain, qui a carrément refusé de considérer le juge proposé par Barack Obama pour empêcher que le successeur de Scalia soit un progressiste ou même un modéré. Le leader républicain du Sénat disait, en 2016, qu’il était inapproprié de mener un processus de nomination pendant une année électorale. Pas cette fois : le successeur de Kennedy sera choisi juste avant les législatives de novembre.

Une majorité de droite durable à la Cour suprême est une immense victoire pour les républicains, surtout ceux qui appuient Trump en se bouchant le nez depuis 2016.

Une Cour déjà partisane

On a eu cette semaine un avant-goût de l’impact qu’aura ce virage à droite de la Cour suprême.

Dans une décision très politisée que les juges dissidents ont comparée à celle – répudiée depuis – qui permettait l’internement des Américains d’ascendance japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale, les cinq républicains ont entériné le décret migratoire antimusulman du président Trump.

La Cour a aussi, par la même marge de 5-4, appuyé le tripotage partisan des cartes électorales par les républicains du Texas et donné raison à des groupes antiavortement dans une cause californienne. S’il a occasionnellement appuyé les progressistes sur les enjeux sociaux, le juge Kennedy était un républicain solidement lié à la droite économique, comme il l’avait démontré en 2010 en appuyant l’arrêt Citizens United, qui facilitait la participation financière des entreprises aux campagnes politiques.

Des conséquences réelles

Dans de nombreux États, les républicains attendaient impatiemment le départ de Kennedy pour contester l’arrêt Roe versus Wade de 1973 et recriminaliser l’avortement.

On pourrait aussi assister à une érosion des droits acquis récemment par les homosexuels, ainsi qu’à une recrudescence des contestations juridiques par des groupes conservateurs.

Au plan politique, la polarisation accrue de la Cour suprême risque d’empirer le climat acrimonieux entre les partis. La juge progressiste Ruth Bader Ginsburg a aujourd’hui 85 ans. Elle est en bonne santé, mais les démocrates sont nombreux à souhaiter qu’elle n’abandonne pas ses exercices quotidiens.