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De la radicalité

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Au moment d’aborder n’importe quel débat public, on devrait toujours privilégier la posture de la curiosité, plutôt que celle de la certitude. Sans quoi, on n’est plus dans la réflexion, on est dans la foi. On n’est plus dans la défense de ses valeurs, mais dans la volonté de les imposer.

On trouve sur Radio-Canada.ca une série de balados intitulée « Radical ». L’excellente journaliste Marie-Eve Tremblay nous y présente des personnes qui ont décroché d’une cause qu’ils avaient défendue corps et âme.

On découvre le cheminement d’une ex-naturothérapeute qui croyait que tout se soignait avec des jus verts ; d’une ancienne des Témoins de Jéhovah qui avait peur des transfusions ; d’un citoyen souverain qui pensait pouvoir se soustraire à l’impôt.

Plus intéressant encore, on entend les témoignages de deux personnes qui se sont déradicalisé de courants qui sont quand même assez répandus. D’une part, un homme qui a défendu passionnément le droit de diffamer des radios privées, jusqu’à ce qu’il en fasse lui-même les frais. D’autre part, une femme qui s’est engagée intensément dans le conflit étudiant de 2012, jusqu’à s’épuiser d’être toujours en colère et de vivre l’intimidation des réseaux militants.

Prisons mentales

Les idées, quand elles deviennent des certitudes absolues, peuvent être des prisons mentales, au même titre que les religions. À droite comme à gauche, la radicalité s’accommode mal du dialogue et contribue rarement au progrès.

Le débat du moment en est une bonne illustration, avec tous ces propos stridents sur le spectacle SLAV, présenté au TNM.

D’un côté, des gens qui pensent qu’il n’y a aucun intérêt à écouter ceux qui dénoncent l’appropriation culturelle. De l’autre, des personnes qui pensent que c’est intelligent de traiter de raciste quelqu’un d’assez ouvert d’esprit pour aller voir un spectacle sur les chants d’esclaves. Tout ce beau monde qui se traite mutuellement de fascistes ou de nazis.

Comment voulez-vous que quelque chose d’intelligent surgisse de ça ? La démocratie, ce n’est pas souhaiter que notre point de vue triomphe en discréditant ceux qui ne pensent pas comme nous. C’est penser que nos idées s’implanteront durablement en donnant le goût aux gens de se les approprier.