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Les cheveux blancs veulent du changement

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Sondage après sondage, la CAQ semble consolider son avance. Sondage après sondage, on remarque que c’est le soutien des électeurs de 55 ans et plus qui porte la CAQ au sommet. Parallèlement, le Parti libéral domine chez les jeunes, une chose assez surprenante pour un parti qui gouverne depuis longtemps.

Tout cela étonne, puisque généralement, ce sont les jeunes qui provoquent les changements. Ce sont les jeunes qui se tannent des gens en place depuis trop longtemps et veulent faire table rase pour repartir à neuf.

La chose devrait être encore plus vraie dans le cas de la CAQ, puisqu’il s’agit d’un nouveau parti qui n’a jamais gouverné. Les partis émergents arrivent souvent au pouvoir portés par une nouvelle génération et ses idées.

De Lesage à Lévesque

Dans le cas du Québec, les jeunes furent un moteur de l’élection de Lesage, en 1960. Cette élection mettait fin à quatre mandats consécutifs de l’Union nationale et lançait la Révolution tranquille. Puis, en 1976, l’arrivée au pouvoir surprise du Parti québécois fut propulsée par la jeunesse. Le PQ de René Lévesque portait les rêves de toute une génération.

Le soutien majoritaire des gens de l’âge d’or à la CAQ s’est fait sentir une première fois lors de l’élection partielle de Louis-Hébert. Cette circonscription de Québec comporte beaucoup de retraités et une population plus âgée que la moyenne québécoise.

Lors de l’élection complémentaire visant à remplacer Sam Hamad, les libéraux ont constaté avec douleur le raz-de-marée qui découle du glissement de ses appuis vers la CAQ. Les troupes de Philippe Couillard n’ont pas atteint la barre du 20 % dans cette circonscription, qui était considérée l’année d’avant comme un de leurs châteaux forts.

L’une des caractéristiques de la population plus âgée, lorsqu’arrive le jour de l’élection, c’est la discipline. Le devoir de voter est pris au sérieux. Les taux de participation chez les 55 ans et plus sont toujours nettement supérieurs à ceux des moins de 30 ans.

Autrefois, les spécialistes de la politique parlaient de la « grosse machine libérale » efficace à « sortir le vote ». On oubliait de dire que c’est plus facile de sortir un vote naturellement zélé. Aujourd’hui, les libéraux sont aux prises avec le problème inverse. Ils doivent miser sur l’énergie et l’inspiration qu’apporte la jeunesse à une campagne.

Pourquoi ?

Comment donc expliquer cette situation québécoise peu commune d’un parti nouveau qui surfe sur une vague de cheveux gris ? J’y vois deux explications. D’abord, il semble exister une volonté chez les francophones de démontrer que l’alternance existe encore, donc que les libéraux ne sont pas installés au pouvoir pour des décennies.

Mais surtout, il y a ce sentiment que les libéraux implantent progressivement au Québec un multiculturalisme à la canadienne. Les jeunes qui ont suivi le cours d’éthique et culture religieuse y adhèrent spontanément.

Mais les plus vieux, qui ont un attachement à la langue française et à une certaine identité québécoise, ne s’y retrouvent plus.