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Pour une mobilité empathique

Pour une mobilité empathique
Photo Agence QMI, Marc Vallières

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Un lundi matin, elle est décédée en se déplaçant. Elle pédalait possiblement vers le boulot, en faisant ce même geste quotidien que des milliers de Montréalais pour se rendre du point A à B. Comme mes collègues, comme l’employé du café d’à côté, comme le prof des enfants, comme votre médecin. Dans une ville où les déplacements à pied et à vélo sont en croissance, ces drames humains nous concernent tous. Comment oublier qu’il s’agit de vies humaines?

Un portrait loin d’être anecdotique

Le drame plus insidieux c’est de considérer ces collisions comme des événements isolés ou de réduire ces drames à des histoires personnelles, ou encore de décrier l’un ou de punir l’autre. Et de préconiser des solutions à la pièce.

Prenons la situation des piétons. Les facteurs de risque de collision sont connus; plus de la moitié des collisions ont lieu aux intersections. Elles surviennent davantage dans les secteurs commerciaux ou d’affaires; les jeunes et les aînés sont plus souvent victimes en raison de leur vulnérabilité. Vitesse élevée et visibilité réduite augmentent les risques de décès. Ou encore, que pour chaque voie de circulation en largeur ajoutée, le nombre de piétons blessés augmente de 75%. Tous ces facteurs sont connus et documentés

.Sans surprise, c’est aussi à Montréal et à Laval que les collisions impliquant au moins un piéton sont les plus fréquentes. Et ce n’est pas parce que les piétons lavallois ou montréalais sont différents des autres villes québécoises ! C’est parce que les facteurs de risque sont davantage présents.

Bref, les décès et blessés graves sur le réseau routier montréalais n’ont rien d’imprévisibles. Ils surviennent à des endroits spécifiques, en raison de facteurs connus, et malheureusement plus souvent pour certains groupes de la population. Pour garantir la sécurité de tous dans les rues de la métropole, arrêtons de colporter des préjugés sur les victimes et investissons rigoureusement dans la manière d’aménager le réseau routier.

 

Le plan d’action Vision Zéro attendu

Quel serait le nombre acceptable de décès et de blessures graves dans votre famille ? Pensez-y quelques secondes. Pensez à vos enfants, votre blonde, votre parenté. La réponse est simple. Zéro. La Ville de Montréal a lancé cette question choc lors de l’adoption de son approche Vision zéro décès et blessé graves dans les rues de Montréal en 2016. Originaire de Suède, cette stratégie de sécurité routière qui fait de la vie humaine sa priorité a fait ses preuves dans les villes qui l’ont adoptée.

L’administration Plante proposera prochainement un plan d’action Vision Zéro. Les attentes sont grandes, d’autant qu’il s’agit d’un engagement électoral clair de prendre les mesures requises afin de protéger les utilisateurs de la route les plus vulnérables. Sur la scène provinciale, la Politique de mobilité durable prévoit aussi l’adoption d’une telle stratégie à l’échelle du Québec, tandis que le nouveau Code de la sécurité routière consacre le principe de prudence à l’égard des usagers vulnérables. Ce sont toutes des avancées significatives pour une prise de conscience collective que nous sommes d’abord et avant tout des êtres humains qui se déplacent; pas des voitures, pas des vélos, pas des camions, mais des personnes.

Ça semble évident. Pourtant, il faudra du courage politique pour placer la vie humaine au cœur de l’aménagement des villes et de la sécurité routière. Ça voudra dire d’aller plus loin qu’un slogan de cohabitation. Ça voudra dire d’accepter de partager et d’aménager concrètement l’espace public actuellement occupé principalement par la voiture en mouvement ou stationnée.

Ça voudra dire que chacun de nous pensera un peu plus aux autres, un peu moins à son nombril. Si c’était votre mère apeurée à l’intersection après avoir été frôlée à toute vitesse par une voiture? Ou encore votre fils à vélo dont le cœur bat en chamade suite à une portière soudainement ouverte devant lui? Un être humain sera toujours plus fragile qu’un véhicule, et surtout irremplaçable. Derrière cette étiquette que confère le mode de déplacement, il y a d’abord et avant tout des personnes et des vies humaines. C’est peut-être le temps désormais d’inclure à la mobilité durable l’idée d’une mobilité empathique?