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La saison des tatoués

Art Tattoo Show Montreal
Photo d’archives

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L’été incite forcément, s’il est chaud, tous ceux qui à la ville se croient sur une plage à se dénuder. Les torses nus des garçons et les quasi-bikinis des filles s’exposent. Et l’on découvre alors l’ampleur de cette mode devenue mode de vie, les tatouages­­­.

Ils nous sautent à la figure, retiennent nos regards par leur flamboyance, leur laideur et parfois leur beauté. Ils sont peints sur des corps beaux, hideux, gracieux, lourdauds, déformés. Bref, des corps en très grand nombre mal proportionnés pour recevoir ces « œuvres d’art », ces graffitis souvent des atteintes à l’esthétique.

Tous ceux qui s’affichent ont-ils pensé qu’ils altéraient leur corps à vie en se faisant dessiner une tête de mort sur la joue, un avion sur la poitrine, une voiture sport le long du bras ? En vieillissant, on change d’allure et de style souvent. Ignorent-ils que leurs tatouages peuvent devenir un obstacle pour décrocher un nouvel emploi ?

Le corps sacralisé

Le tatouage vient du fond des âges. Ces pratiques primitives correspondaient à identifier l’appartenance au clan ou à la tribu dans un monde clos. En évoluant, l’homme a appris à symboliser ses gestes et ses actes. C’est ce qui le distingue de l’animal. Le corps humain a été sacralisé. Les scarifications, les brûlures, les altérations diverses appartiennent à une étape de l’évolution humaine.

Aujourd’hui, le tatouage correspond à une affirmation identitaire. Le « Je pense donc je suis » est devenu « Mes tatouages reflètent qui je suis ». Hélas, ils sont irréversibles, car extrêmement difficiles et douloureux à effacer, et cela, à un coût très élevé. Ils vieillissent avec le corps. C’est ce qu’oublient les filles qui affichent leur poitrine recouverte de grands papillons aux ailes déployées et qui, lorsqu’elles seront sexagénaires, s’affaisseront sur des chairs froissées. Les hommes au cou tatoué d’un python se retrouveront avec un serpent non plus triomphant, mais pendouillant.

Lorsque le corps devient comme un mur à couvrir, les bras vieillissants transforment un Zorro à l’épée en l’air en un vieillard à l’épée abaissée sur le bras d’un vieux aux muscles jadis de fer transformés en Jello.

Quête de sens

L’époque oblige à vivre dans l’instant. D’où l’impatience face aux désirs frénétiques. On agit avant de penser. Si les salons de tatouage sont ouverts 24 heures sur 24 durant les week-ends, c’est aussi que des clients fêtards sous l’effet de l’alcool et de la drogue s’y précipitent pour impressionner, le lendemain, leurs amis et traumatiser leurs vieux parents non tatoués eux-mêmes.

Que dire d’ailleurs des parents qui offrent des tatouages en cadeau à leurs jeunes obsédés de joindre la tribu des « like » et des « émoji » ? Puisque l’apparence prend le pas sur le contenu, quand l’esprit est plongé dans le désarroi, les tatouages expriment avec violence ou insignifiance souvent la quête de sens. Certains arrivent même à croire que le tatouage est un signe d’ouverture aux autres lorsqu’il est trop souvent un mal de vivre dans le siècle de toutes les dérives. Et une barrière de plus face à l’autre.

À quoi correspondent ces têtes de mort, ces tigres rugissants ou ces anges cornus ?