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Paul Gérin-Lajoie: un révolutionnaire pas si tranquille

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À lui tout seul, il personnifie l’époque la plus marquante de l’histoire du Québec, celle de la Révolution tranquille.

Une période où le nationalisme québécois est devenu un fer de lance pour propulser le Québec vers la modernité.

Dans une conférence à laquelle je l’avais invité, le 12 avril 2011, dans le cadre de la Journée du livre politique que je présidais à l’Assemblée nationale, Paul Gérin-Lajoie affirmait que la Révolution tranquille était d’abord l’œuvre d’une « génération de jeunes à l’esprit ouvert sur le monde ».

C’est « ce désir de transformer le Québec dans ses institutions comme dans ses façons de penser » qui va l’amener, à la fin des années 1950, à décider de s’engager en politique.

Les deux ans qui ont changé le Québec

« Je n’avais aucune attache partisane ni libérale, ni conservatrice, ni Union nationale [...] J’ai décidé que je ferais de la politique au sein du Parti libéral », me confie-t-il, dans une entrevue que j’ai réalisée avec lui, en 2011 (à voir ici).

Paul Gérin-Lajoie (PGL, pour les intimes) a donné à la politique ses titres de noblesse. Jamais un ministre n’a entrepris de réformes aussi majeures qui ont transformé le Québec, de façon aussi durable, en si peu de temps.

Homme de vision et de conviction, il ne l’aura pas eu facile à une époque où l’éducation était une chasse gardée de l’Église. La mise sur pied du ministère de l’Éducation qu’il implanta, en l’espace de deux ans, de 1964 à 1966, n’était pas de tout repos.

Ce qu’il a appelé, poliment, ses « combats amicaux », avec son chef Jean Lesage et ses autres collègues ministres, était en réalité des combats de titans, nécessitant une volonté de fer et une détermination sans faille.

Il me dira en entrevue que ce dont il était le plus fier « globalement, c’est le ministère de l’Éducation, puis, de façon plus spécifique, c’est le fait que les jeunes de tout le Québec ont accès à tous les niveaux d’éducation ».

PGL et les droits des femmes

Outre l’éducation et l’ouverture du Québec sur le monde, il avouera que « ce qui m’a motivé, en premier lieu, pour entrer en politique [...] c’était l’horreur en laquelle je tenais Duplessis à cause de son refus de respecter les libertés individuelles et collectives ».

Cette sensibilité pour les droits de la personne, PGL ne la tenait pas seulement de sa formation universitaire de juriste.

Petit-fils de Marie Lacoste-Gérin-Lajoie, la pionnière du féminisme au Québec, qui a milité pour le droit de vote des femmes, il a baigné dans un milieu où la défense des droits était dans l’ADN familial.

On retrouvera aussi PGL aux côtés d’une autre femme, Marie-Claire Kirkland, alors qu’elle tentait de succéder à son père, Charles-Aimé­­­ Kirkland, comme députée de Jacques-Cartier.

Contrairement aux bonzes du Parti libéral qui voyaient d’un mauvais œil l’arrivée d’une femme en politique, Paul Gérin-Lajoie, alors ministre de la Jeunesse du gouvernement Lesage, ira lui apporter son appui dans sa circonscription.

Le 14 décembre 1961, elle fera l’histoire en étant la première femme élue à l’Assemblée législative. Elle fera adopter la loi 16 sur la capacité juridique de la femme mariée qui la libérera de la tutelle conjugale.

Mais la femme qui a joué un rôle déterminant dans sa vie est sans doute son épouse, Andrée Papineau Gérin-Lajoie.

Elle l’a accompagné dans toutes ses péripéties, pendant près de 80 ans, de ses études à Oxford, jusqu’à son engagement international, en passant par sa carrière politique et académique.

Le hasard a voulu que PGL nous quitte, le 25 juin dernier, à peine 18 semaines après le décès de son inspiratrice.

Merci, Monsieur Gérin-Lajoie, pour tout ce que vous avez fait pour le Québec. En Afrique où je me trouve, en ce moment, des gens saluent votre mémoire.