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Phnom Penh, la défrancisée

Phnom Penh, la défrancisée
Photo courtoisie, Gilles Proulx

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Sortons un peu cette semaine du Laos pour aller chez le voisin. Regardez la capitale du Cambodge : Phnom Penh. Impossible (ou presque) de deviner son passé français. Plus encore qu’à Saigon et Vientiane, l’écroulement de l’Indochine française n’a laissé ici que des miettes. L’ironie, au Cambodge, c’est que le chef communiste sanguinaire qui a violemment « défrancisé » son pays a été formé dans les meilleures écoles françaises à Paris où il se convertit au communisme tout en goûtant la poésie de Verlaine et Rimbaud. Pire : Saloth Sâr, avant de devenir Pol Pot, enseignait le français.

Le Palais royal 
a heureusement 
survécu à la dictature 
des Khmers rouges 
plus préoccupés 
d’éradiquer les 
traces de culture 
coloniale ou occidentale (à l’exception du marxisme).
Photo courtoisie, Gilles Proulx
Le Palais royal a heureusement survécu à la dictature des Khmers rouges plus préoccupés d’éradiquer les traces de culture coloniale ou occidentale (à l’exception du marxisme).

« Au temps où Pol Pot m’enseignait Verlaine, je n’avais pas encore appris à me méfier des doux », raconte dans Le Monde, en 1980, un de ses anciens élèves. Autrement dit, un intellectuel bilingue français/khmer, féru de poésie rimbaldienne et réputé timide, a fini par imposer un anticolonialisme tellement extrême que même les montres étaient interdites et détruites. À un certain moment, les lunettes se faisaient fracasser. Pol Pot avait probablement lu Jean-Jacques Rousseau aussi puisque son régime préconisait un retour à la nature. Littéralement. On a embarqué des millions de citadins pour les lancer dans des camps de travail agricole où, sans outils ou compétences, ils mourraient de faim.

Toute trace de la 
culture française 
a disparu de 
l’ancienne perle
 de l’Asie de 
l’empire colonial 
d’Indochine.
Photo courtoisie, Gilles Proulx
Toute trace de la culture française a disparu de l’ancienne perle de l’Asie de l’empire colonial d’Indochine.

Mais trêve d’histoire. Phnom Penh grouille aujourd’hui de touristes français. Les sempiternels logos américains pointent le museau ici et là dans le fouillis. Comme partout en Asie, les PFK ont la cote. Le Mékong qui traverse la ville est large : pas autant que le Saint-Laurent, mais davantage que la Seine ou la Tamise. Le commerce est dynamique même si la pauvreté du plus grand nombre perdure.

L’uniforme funeste 
des Khmers unissait
 l’habit traditionnel au 
foulard rouge.
Photo courtoisie, Gilles Proulx
L’uniforme funeste des Khmers unissait l’habit traditionnel au foulard rouge.

Lieu chargé d’histoire

Comme en Angleterre, on est en monarchie constitutionnelle élective. Le tourisme et le textile sont les deux « vaches à lait » du pays... sans oublier bien sûr l’aide internationale. À Phnom Penh même, on se sent en sécurité, mais, après 48 heures, on a hâte de sortir ! Aussitôt que l’on pose le pied hors de la cité, les affiches partout nous lancent un avertissement : attention aux mines antipersonnel ! Désolant spectacle : les enfants estropiés sont nombreux. Ils vont jouer dehors aux alentours de Phnom Penh et déclenchent ces engins faits, non pour tuer, mais mutiler.