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Le bulletin de Monsieur Proulx

Notre blogueur Éric Tremblay et Sébastien Proulx
Photo courtoisie Notre blogueur Éric Tremblay et Sébastien Proulx

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Depuis plus d’une douzaine d’années, c’est toujours la même chose en juin: je manque de temps pour réaliser tous les projets amorcés et je travaille déjà plus efficacement à planifier les aventures à venir avec mes futurs élèves.  Monsieur Proulx semblait être, lui aussi, lors d'une récente rencontre, dans cet état où nous avons de la difficulté à nous centrer sur nos réussites et que nous sommes hantés par les intentions que nous avions en septembre.
 
Récemment, j’ai eu l’opportunité de discuter seul à seul avec monsieur Proulx, ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport. J’y ai découvert un homme qui me faisait penser davantage à nous, les enseignants, en fin d’année scolaire, qu’à un politicien se préparant à une bataille électorale.
 
Alors que je salue les investissements dans nos bâtiments, il me dit qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire. Je souligne le sérieux que son ministère donne maintenant à l’apport du numérique dans nos classes et il change de sujet en me disant qu’il regrette d’avoir eu trop peu de deux ans pour mettre en valeur le talent de nos auteurs québécois pour mieux le réinvestir dans nos écoles.
 
Bref, il brasse continuellement des idées tout au long de notre discussion, des plus utopiques jusqu’aux plus terre à terre. Jamais, en deux heures, il n’essaie de me convaincre de quoi que ce soit: nous réfléchissons ensemble, comme il l’a fait, à mon avis, à de très nombreuses reprises durant son court mandat.
 
Parce qu’on ne peut pas lui enlever ça: qu’on apprécie son travail ou pas, jamais nous n’avons autant parlé d’éducation depuis l’implantation de celle-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, la dernière grande réforme. En fait, je dois préciser ma pensée: nous parlons d’autres choses que de tableaux blancs interactifs, de pourcentage et de statistiques navrantes. Les véritables besoins de nos élèves reviennent progressivement au centre de nos débats.
 
Depuis son arrivée, de par son omniprésence sur le terrain et au coeur de plusieurs initiatives, Sébastien Proulx a su nous amener à discuter des pratiques éducatives et des valeurs qui nous animaient à mieux préparer les enfants à un avenir encore bien flou tant notre monde change à une vitesse déconcertante. Pour la première fois depuis que je suis sorti de l’université, j’ai le sentiment que le ministre qui doit donner les grandes orientations à notre système d’éducation est véritablement intéressé par ses responsabilités et qu’il sait de quoi il parle.
 
Ainsi, à notre rencontre, alors que je lui présente ma vision de nouvelles pratiques évaluatives qu’il nous faudrait mettre en place, au lieu de jouer une cassette valorisant mes idées tout en évitant de se commettre, Monsieur Proulx me questionne et cherche à faire des liens avec des discussions qu’il a eues lors de ses multiples visites dans des établissements scolaires.
 
Je ne dis pas que tout ce qu’il a cherché à accomplir était du génie et qu’il faut lui bâtir une statue au plus vite. Que ce soit dans la forme ou sur le fond, certaines de ses initiatives ont eu à être précisées ou retravaillées. D’autres flottent aussi dans les limbes de l’oubli et c'est probablement mieux ainsi.
 
Mais, qui peut se targuer d’atteindre la cible à chacune de ses tentatives d’amorcer des changements dans une organisation aussi complexe qu’un ministère? J’ai déjà vu le chemin par lequel une idée doit évoluer avant de trouver son chemin vers quelque chose qui ressemble à du concret: j’ai été pris de vertige et ma créativité en a pris pour son rhume!
 
J’ignore si son parti mérite d’être réélu: ce dernier porte un lourd fardeau. Je ne sais pas si c’est un bon politicien: j'imagine que parfois, ils se ressemblent un peu tous.
 
Honnêtement, ça ne me m’intéresse pas aujourd'hui. Ce qui m’importe, ce sont les outils qu’on donne ou qu’on enlève aux enfants avec qui j’ai le privilège de travailler.
 
À ce chapitre, les idées que Monsieur Proulx a amenées sur la place publique m’ont obligé à sortir de ma tanière où je me terrais à chercher à innover avec mes élèves. Son passage en éducation m’a permis de mieux faire accepter certaines pratiques pédagogiques gagnantes dans mon milieu, mais aussi de leur donner un rayonnement insoupçonné et remettre en question des gens qui étaient en désaccord avec moi. J'ai dû apprendre, moi aussi, à me réinventer et chercher les compromis. C’est qu’il n’existe pas qu’une seule vérité en pédagogie, bien évidemment...
 
Je tenais donc, en cette fin d’année scolaire, à l’heure des bilans, à prendre un moment avec mon ministre pour le remercier pour sa contribution qui nous a tous fait progresser dans notre désir de faire mieux.
 
Par ses réussites, ses maladresses et ses erreurs, il nous a tous obligés à prendre du recul par rapport à nos pratiques, ce qui ne peut qu’être un gain pour nos élèves qui ont à les vivre chaque jour.