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Métier : critique d’humour – 1ère partie

Brian Logan, le critique d'humour du quotidien britannique The Guardian, ici accompagné de Lucy J Skilbeck. Crédit photo : Curtain Call - The Theatre Network.
Brian Logan, le critique d'humour du quotidien britannique The Guardian, ici accompagné de Lucy J Skilbeck. Crédit photo : Curtain Call - The Theatre Network.

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En ces temps où l’offre humoristique est à son apogée (surtout si vous êtes à Montréal en ce chaud mois de juillet), à quel saint peut-on se fier pour se guider dans ce vaste univers ?

C’est vrai que, la plupart du temps, ce qu’on attrape des médias à ce compte-là ressemble davantage à des résumés de spectacles qu’à de véritables critiques culturelles.

Et je me base sur quoi pour affirmer cela ? Entre autres sur mes propres recherches doctorales.

Je tenais à incorporer les observateurs de l’humour dans mon portrait de l’écosystème de l’industrie québécoise. Pour ce faire, j’avais rassemblé un énorme corpus de centaines d’articles de journaux traitant de l’humour au Québec, qui incluait des critiques de spectacles, que j’avais analysé. Aussi, pour approfondir mes analyses et nourrir la réflexion, j’ai tenu des entrevues avec quelques journalistes culturels.

Et ce que certains m’avaient alors partagé m’avait laissé sur ma faim.

Absence de véritables critiques dignes de ce nom

Mon premier constat a été que les véritables critiques en humour forment une espèce absente de l’écosystème québécois.

Qu’est-ce qu’un ou une véritable critique d’humour, me demanderez-vous ? C’est quelqu’un qui possède le bagage culturel humoristique minimal pour réellement mettre en abîme, mijoter et livrer son appréciation d’une œuvre humoristique.

Est-ce qu’on demanderait à un géographe, n’ayant comme bagage qu’un cours d’Introduction à l’histoire de l’art datant du cégep comme cours à option, de livrer une critique rationnelle de l’exposition d’un jeune artiste en arts visuels fraîchement sorti de l’école d’arts ?

À moins que ce géographe soit un très grand consommateur d’arts visuels depuis des années, on ne lui confierait pas un tel mandat.

C’est pourtant la situation actuelle en humour au Québec, à quelques exceptions près. Il est vrai que, de plus en plus, les critiques culturels ont un meilleur bagage. Pas tant et seulement par souci professionnel que par plaisir : il y a toute une génération qui a adopté la consommation d’humour dans les soirées dans les bars ou via des séries Web d’artistes de la relève.

Il est aussi vrai que les véritables critiques d’humour sont rares en ce monde. La Grande-Bretagne en compte depuis plus longtemps qu’ailleurs et, plus récemment, le New York Times a ajouté un tel chroniqueur à son quotidien.

D’ailleurs, je vous suggère ce papier de Jason Zinoman qui traite de son métier. 

La vitalité de notre industrie de l’humour me permet de croire que nous en sommes rendus là nous aussi.

Et je ne dis pas que tous les critiques culturels que l’on retrouve dans les médias sont de qualité discutable. Mais certains le sont.

Comment en juger ? Par la teneur de leurs propos. Les critiques négatives sont rares... et je ne crois pas que ce soit seulement le fait du grand talent québécois. Ce qu’on obtient, en général, c’est une liste de certains « punchs » livrés en cours de soirée et des conclusions qui ressemblent, dans le pire des cas, à « moi je n’ai pas tant ri, mais il y a un public pour ça ».

Est-ce de la frilosité ou un manque de bagage pour bien évaluer ? Est-ce que les critiques, qui reconnaissent de plus en plus la somme de travail derrière un spectacle d’humour, préfèrent s’abstenir de propos négatifs ? Est-ce que leurs conditions de livraison (envoyer leur article avant la fin de la soirée pour publication immédiate ou le lendemain au plus tard) fait en sorte de court-circuiter le processus de réflexion ?

Un peu de tout ça, selon les situations, selon les médias et les personnalités des journalistes eux-mêmes.

Chose certaine, je crois que la réflexion s’impose.

On se retrouve demain pour la suite de la conversation.