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Un ex-député a laissé de mauvais souvenirs à Mexico

Éric R. Mercier a démissionné de son poste de délégué du Québec à Mexico «pour des raisons personnelles»

Éric R. Mercier, photographié ici en juillet 2016 lors d’un passage à Québec, dit avoir démissionné de sa propre initiative du poste de délégué général du Québec à Mexico.
Photo Jean-François Desgagnés Éric R. Mercier, photographié ici en juillet 2016 lors d’un passage à Québec, dit avoir démissionné de sa propre initiative du poste de délégué général du Québec à Mexico.

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L’ex-délégué général du Québec à Mexico, Éric R. Mercier, qui a précipitamment quitté ses fonctions l’été dernier, a laissé de bien mauvais souvenirs à plusieurs de ses employés, a constaté notre Bureau d’enquête.

Leur version des faits a permis d’en savoir plus sur le climat de travail qui régnait au moment de son départ soudain, un événement inhabituel dans la diplomatie québécoise.

Éric R. Mercier, fils d’un ancien maire de Charlesbourg, est député libéral durant le premier mandat de Jean Charest.

Éjecté par la vague adéquiste de 2007, il est alors accueilli par les cabinets politiques de Norman MacMillan et de Pierre Moreau, quand ils étaient whips en chef du gouvernement.

En 2014, il est nommé chef de poste à la Délégation générale du Québec à Mexico (DGQM). Il s’agit en fait pour lui d’un retour dans cette délégation, car il y avait déjà été premier conseiller pendant environ quatre ans, de 2009 à 2013.

Plusieurs informations obtenues par notre Bureau d’enquête montrent que le climat de travail était pénible, à la délégation, quand M. Mercier y était.

Sur près de 20 personnes contactées, cinq ex-employés ont accepté de nous répondre, à condition qu’on leur garantisse l’anonymat (voir les témoignages de certains d’entre eux ci-contre).

Climat tendu

Deux ex-employés ont rapporté que M. Mercier pouvait utiliser des mots très durs envers son personnel comme « Mexicains de merde » ou « fucking Mexican », pour leur signifier son mécontentement.

Quatre ex-employés ont souligné que les absences fréquentes de M. Mercier nuisaient au fonctionnement de la délégation.

Plus précisément, deux d’entre eux ont affirmé qu’il n’était présent la plupart du temps que de 11 h à 14 h 30 environ, en moyenne trois jours semaine.

La consommation d’alcool de M. Mercier a également été évoquée au nombre des éléments nuisant au climat de travail.

Décision personnelle

Joint par notre Bureau d’enquête, M. Mercier a insisté pour dire qu’il est parti de son plein gré en juillet 2017, « pour des raisons personnelles familiales ». Il a réfuté les allégations de ses anciens employés et préféré vanter son bilan à la DGQM.

« Je ne suis pas à même de commenter des allégations qui sont fausses ou qui proviennent de gens qui ont des rancœurs contre je ne sais trop qui. Je suis très fier de ce que j’ai accompli », a-t-il dit depuis le Mexique, où il réside toujours.

« Je n’ai jamais, jamais, jamais insulté. Je ne le fais pas à la maison, pourquoi je le ferais au travail », a-t-il expliqué.

Concernant les allégations de manque d’assiduité au travail, l’ex-délégué a soutenu que la nature de son travail exigeait qu’il soit à l’extérieur du bureau.

« Mon agenda débutait très tôt avec des petits-déjeuners », a-t-il dit en précisant qu’un « ambassadeur, un consul, se doit d’être sur le terrain ».

Quant à sa consommation d’alcool, qui selon nos sources ne passait pas inaperçue lors de ses activités de représentation, M. Mercier a affirmé qu’il n’avait pas de problème.

« Dans le cadre des fonctions d’un diplomate, il arrive qu’on soit à une réception, et ici, au Mexique, la culture fait en sorte qu’on ne boit pas du jus d’orange. »

L’ex-délégué assure qu’il ne faisait pas d’excès lors de ces événements. « Un verre de vin, mais sans plus. Et je peux vous répondre de façon catégorique. Ce n’est pas mon genre. »

Le ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF) a déclaré qu’aucune plainte de harcèlement n’a été déposée contre M. Mercier, qui a empoché une allocation de départ de 78 706 $ quand il a démissionné.

– Avec la collaboration d’Andrea Valeria, Patrick Bellerose et Philippe Langlois

 

Son parcours en bref

 

► 2003-2007: Député de Charlesbourg à l’Assemblée nationale

► 2007-2009: Directeur de cabinet des whips en chef du gouvernement Norman MacMillan et Pierre Moreau

► 2009-2013: Premier conseiller, délégué général intérimaire à la DGQM

► 2013-2014: Conseiller au cabinet du leader de l’opposition officielle Pierre Moreau

► 2014: Directeur adjoint au cabinet du ministre des Affaires municipales Pierre Moreau

► 2014-2017: Délégué général à Mexico

 

Il abandonne son chauffeur sur le bord de l’autoroute

 

L’ex-délégué du Québec à Mexico Éric R. Mercier a littéralement mis son chauffeur à pied, en bordure de l’autoroute.

L’événement est survenu au printemps 2016, dans l’État de Querétaro, alors que les deux hommes rentraient à Mexico, a indiqué une source qui a demandé l’anonymat.

En raison d’une douleur au dos, le chauffeur, Jesus Valdès, était incapable de conduire les quatre heures de route qui restaient jusqu’à la capitale mexicaine.

Selon cette source qui a raconté l’incident, M. Mercier a décidé d’abandonner son chauffeur sur le bord de l’autoroute et de rentrer en conduisant lui-même son véhicule de fonction. Malgré son mal de dos, M. Valdès a dû marcher et trouver un taxi pour aller prendre un autobus vers Mexico, nous a-t-on rapporté, ce que conteste l’ex-délégué.

Dans une entrevue à notre Bureau d’enquête, M. Mercier a soutenu qu’il avait déposé son chauffeur à une gare d’autobus.

« C’est moi-même qui l’ai remercié parce que M. Valdès avait des problèmes de santé, de dos, et n’était plus en mesure d’offrir un service de sécurité pour le délégué et sa famille. »

Problèmes physiques

M. Mercier a raconté qu’il avait déjà dû prendre le volant en raison des problèmes physiques de M. Valdès.

« Lorsque c’est le délégué général qui doit “chauffer”, conduire le véhicule officiel, il y a un problème. Et je l’ai fait à plusieurs reprises. Évidemment, il y a toujours un avertissement, il y en a deux, trois. »

Cette façon de congédier son chauffeur a été contestée, ce qui a forcé le gouvernement québécois à verser un dédommagement « généreux pour M. Valdès », a reconnu M. Mercier.

« La loi du travail mexicaine est fort différente du Québec et c’est très complexe », a-t-il plaidé, sans se souvenir du moment précis où il a congédié son employé.

Entre 2008 et avril 2018, des ententes à l’amiable sont intervenues avec trois employés congédiés à Mexico, a indiqué le ministère des Relations internationales, sans donner plus de précisions.

« Le gouvernement du Québec a été partie à trois poursuites intentées par d’anciens employés de la DGQM alléguant de congédiement abusif [...], de 2008 à la date de votre demande. Ces trois poursuites ont été réglées hors cour. »

 

D’ex-employés se vident le cœur

Notre Bureau d’enquête a recueilli les témoignages de plusieurs ex-employés qui ont travaillé pour Éric R. Mercier, et qui en avaient long à dire sur le comportement de leur ex-patron. Ils nous ont demandé de masquer leur identité.


Ex-employé 1

« Quand Éric Mercier était conseiller, il était vraiment insupportable. Il demandait parfois au personnel de régler ses formalités administratives personnelles ou encore d’organiser ses voyages personnels. L’ambiance n’était pas du tout gaie [une fois qu’il est devenu délégué]. Elle s’est dégradée beaucoup, surtout les deux dernières années. Il n’était pas là la plupart du temps et s’il était là, il était complètement bourré. Il arrivait vraiment tard et partait tôt. Pour le trouver, c’était difficile. [...] »

« On pouvait travailler difficilement. On ne pouvait pas avancer dans nos dossiers. Quand il se décidait à travailler, il demandait les choses pour tout de suite, de manière pas correcte. Ça a beaucoup abîmé la relation avec lui. »

« Quand il est parti, le sous-ministre aux relations internationales Jean-Stéphane Bernard est venu à la délégation. Il voulait nous rencontrer et nous dire qu’il était désolé, que maintenant cela se passerait d’une autre façon. Il voulait contenir les gens, pour qu’ils ne parlent pas. On nous a dit d’être discrets. C’est le message qu’ils passent encore à la délégation, c’est pour ça qu’ils ne peuvent pas parler. »


Ex-employé 2

« Personne ne parlait à Éric Mercier et lorsque les employés devaient le faire, ils tremblaient. L’ambiance était étrange et lourde. Il insultait et dénigrait plusieurs personnes de la délégation. Il a déjà traité son chauffeur de “Mexicain de merde”. »

« Éric Mercier sentait parfois l’alcool lorsqu’il arrivait au travail. S’il y allait, puisqu’il restait souvent dans sa résidence. Il passait parfois des semaines complètes chez lui, prétextant qu’il avait des problèmes de sommeil. »

« Ce qui l’a protégé, c’est sa position de pouvoir dans la délégation. Les gens avaient peur de lui. Personne n’osait interpeller directement le ministère. »


Ex-employé 4

« La plupart des employés étaient fatigués des absences de M. Mercier, des difficultés pour le rejoindre. Parfois, il ne venait au bureau que pour quelques heures, deux ou trois. Je ne pense pas qu’il était très apprécié à cause de son manque de disponibilité et de certaines de ses décisions. »


Ex-employé 3

« Quand il était au bureau, c’était de 11 h 30 à 14 h-15 h maximum. J’ai été témoin de situations et de problématiques qui n’auraient pas été permises au Québec. Il y a des choses graves qui ne fonctionnaient pas. »