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Être éboueur durant la chaleur extrême et les déménagements

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MONTRÉAL – En raison des déménagements, la semaine suivant le 1er juillet est la pire de l'année pour les éboueurs montréalais, qui ont vécu l'enfer ces derniers jours avec la canicule qui s'est ajoutée aux nombreux chantiers routiers.

Le «24 Heures» a rencontré une équipe de l'arrondissement Rosemont–La Petite-Patrie qui s'affairait à ramasser les ordures sous un soleil de plomb.

Des sacs dangereusement jetés à leurs pieds du deuxième étage, des appartements entiers vidés sans sac-poubelle, des montagnes de déchets qui tapissent les trottoirs et des odeurs procurant des haut-le-cœur tellement les matières jetées sont surchauffées pendant la canicule: voilà le portrait typique des dernières journées vécues par les éboueurs de la métropole.

«On fait 200 push-ups le matin et on s’étire aussi pour se préparer à notre journée. C’est vraiment la semaine la plus dure de l’année avec les déménagements du 1er juillet et avec la canicule extrême, c’était tout un combo», a exprimé Jonathan Poissant, avec la sueur et le sourire au visage.

«Le pire, ce sont les oiseaux de nuit. C’est des locataires qui ne paient pas leur loyer, qui laisse tout dans leur appartement et que tout leur stock se ramasse sans sac, pêle-mêle, par terre. C’est nous qui ramassons tout avec des balais et des pelles après», a-t-il ajouté.

Trois fois plus de poubelles

Jacques Hébert, un contremaitre qui dirige les éboueurs de Rosemont–La Petite-Patrie, affirme qu’il ramasse jusqu’à trois fois plus de déchets durant la semaine suivant le 1er juillet.

«Chacune de nos équipes récolte les poubelles d’environ 2000 clients. Normalement, elles font un voyage pour vider le camion rempli. Mais durant la semaine après le premier juillet, ça peut aller jusqu’à trois voyages», a-t-il expliqué.

Le contremaitre a précisé qu’il demande à ses éboueurs de prendre des pauses chaque 30 minutes durant la canicule et de boire beaucoup d’eau. Deux de ses travailleurs ont été touchés par la canicule au cours de la dernière semaine.

Manque de tri

M. Hébert ajoute aussi que le véritable problème, durant la semaine suivant les déménagements à Montréal, est le manque de tri des déchets.

«On fait maintenant du résidu vert, du résidu alimentaire, du recyclage, du déchet et des encombrants. En période de déménagements, c’est cinq types de collecte et les règles qui les entourent n’existent plus. La personne qui déménage, elle sort tout en même temps. Tout est à la rue au même moment et on n’a pas le temps de faire le tri. C’est tout un problème», a-t-il soutenu en invitant la population à modifier ses habitudes.

Il assure que de tels gestes peuvent s’avérer dangereux pour ses employés qui retrouvent parfois des morceaux de verre coupant qui dépassent des sacs-poubelle ou même des clous.

«Quand on voit des problèmes de conformités trop grands comme ça, les éboueurs m’appellent et ils laissent les déchets à leur place. Et là, j’envoie un inspecteur analyser la situation pour rentrer en contact avec le propriétaire. C’est pour ça qu’on ne ramasse pas tous les déchets sur notre passage et que les gens demandent pourquoi on laisse ça comme ça», a justifié M. Hébert, qui dit recevoir de nombreuses plaintes à ce sujet.

Les chantiers

Parmi les embuches traversées au cours de la dernière semaine, les chantiers de construction n’aident pas les éboueurs à réaliser facilement leur métier.

«En effet, la circulation aux abords de certains chantiers pose parfois problème. L'accès aux résidences et aux diverses matières à collecter est parfois compliqué. Nous devons adapter notre travail et discuter avec certains entrepreneurs pour qu'ils s'assurent de rendre les bacs accessibles pour nos éboueurs», a confirmé Jacques Hébert.

Les déménagements à Montréal en chiffres:

  • 15 % des Montréalais déménagent chaque année
  • 276 000 Montréalais ont déménagé au cours de l'année précédant le recensement de 2016 de Statistique Canada
  • 43 % de la population totale de Montréal a déménagé au cours des cinq années précédant le même recensement de 2016, soit l’équivalent de 772 000 personnes