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Quel chemin prendra la ministre Joly?

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Quelle sera l’aide à l’audiovisuel au cours des prochaines années ? Va-t-on continuer de subventionner le cinéma, la télévision, les séries web ? Laissera-t-on les géants de l’internet, notamment Netflix, déterminer les œuvres qui verront le jour, les autres restant dans les tiroirs des créateurs ? Ou, pire encore, se perdant dans leur mémoire ?

À l’heure actuelle, deux courants très précis se dessinent. En particulier au Canada anglais où la culture est moins enracinée, où l’identité est plus incertaine. D’un côté, il y a ceux qui sont convaincus que l’État n’a plus à mettre un sou dans l’audiovisuel. Comme les œuvres que l’on produit peuvent rivaliser avec celles de n’importe quel pays, il n’y a aucune raison pour que les grands distributeurs internationaux n’en fassent pas l’acquisition. Il y a, prétendent ces optimistes, assez « d’argent dans le système » sans que l’État en rajoute.

Leur chef de file est sans contredit Michael Geist. Professeur de droit à l’Université d’Ottawa, c’est une sommité en matière de propriété intellectuelle. Il détient une maîtrise en droit de l’Université de Cambridge et un doctorat de l’Université de Columbia. L’homme est brillant. Il a des opinions tranchées et ne se prend pas pour un deux de pique, comme on dit. Son site internet compte plus de 1300 pages ! À Patrimoine Canada, on le lit religieusement.

Pas de taxation

Peter Menzies, commissaire du CRTC depuis 2007 et vice-président de 2013 jusqu’à sa démission en juillet 2017, est encore plus véhément que Geist. Il est violemment opposé à tout contrôle de l’internet et à toute contribution ou « taxe Netflix ». Maintenant directeur du Musée royal de Saskatchewan, Menzies­­­ ne s’est pas gêné pour s’en prendre brutalement à Ian Scott, le nouveau président du CRTC, et à son rapport Emboîter le pas au changement, publié à la fin de mai.

Le rapport recommande notamment que tous les intervenants dans le système soient impliqués et y participent de façon équitable. En termes clairs, le CRTC est d’avis que les géants du web participent à la production de contenu canadien.

Jusqu’à il y a quelques mois, Mélanie Joly, la ministre du Patrimoine, a défendu bec et ongles, non sans difficulté d’ailleurs, la politique de son gouvernement s’opposant à toute « taxe Netflix ». Elle croyait faire taire tous ceux qui tiennent à une contribution des géants du web en revenant de son voyage dans l’Ouest américain avec une promesse de Netflix d’investir 500 millions $ en contenu canadien sur cinq ans.

Une position qui change

Depuis quelques semaines, la posi­tion de la ministre semble s’être beaucoup modifiée. À Banff, il y a quelques semaines, tout en réaffirmant l’importance de la neutralité d’internet, elle a déclaré que tous les services par contournement qui tirent profit du Canada doivent faire leur part pour la création de contenu canadien.

Dans une entrevue qu’elle a accordée à Sophie Bernard de la revue Qui fait quoi à la fin de juin, la ministre Joly a rarement été aussi claire sur ses intentions. Elle a déclaré notamment que la révision de la Loi sur la radiodiffusion vise deux éléments majeurs : la réforme du mandat de Radio-Canada et la contribution de tous les joueurs, qu’ils soient canadiens ou étrangers, au financement de nos contenus.

Ce n’est sûrement pas du Québec que viendra l’opposition aux politiques qu’envisage la ministre. C’est dommage, mais sa vision de notre avenir culturel ne fera pas la même unanimité au Canada anglais. Elle devra probablement sortir ses gants de boxe.