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Les caniches de la rectitude

Les caniches de la rectitude
Illustration Nathalie Samson

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Pendant la canicule, je me demandais si les gens qui portent volontairement des jeans pendant qu’il fait 48 degrés dehors lancent une sorte de cri à l’aide...

Le plus drôle, c’est que j’ai partagé la même pensée sur ma page Facebook, et évidemment, dans cette nouvelle société fragilisée, ç’a parti un petit scandale. Allons-y plus simple, faites-nous donc une liste de sujets que l’on peut encore aborder sans faire de la peine à quelqu’un.

Des gags de laitues est-ce que ça passe, ou encore là, je joue avec le feu ?

Évidemment, c’est ici que je devrais faire un lien avec l’annulation de la pièce de théâtre Slav et donner mon opinion. Bravo à Robert Lepage d’avoir si bien réexpliqué à ceux qui l’avaient oublié ce qu’est le but du théâtre.

Les limites de la censure

L’art, en général, que ce soit l’humour, la musique ou la littérature, a toujours eu comme mission de revisiter les limites de la censure, de redéfinir et refléter nos nouvelles valeurs, confronter qui nous sommes et surtout où nous sommes rendus dans l’évolution de nos mœurs.

On est quand même parti de loin. Il n’y a pas si longtemps, les Américains étaient scandalisés par le mouvement des hanches d’Elvis. Il n’y a pas si longtemps, voir une couple de décennies, les mots « nègre » et « fif » étaient couramment utilisés dans nos rues. Je ne suis pas assez naïf pour croire qu’ils ont entièrement disparu, mais au moins les crétins qui les utilisent encore se cachent pour les dire.

Mais qu’arrive-t-il à cette même confrontation d’idées et de valeurs qui nous a aidés à évoluer lorsqu’on ne la laisse plus s’exprimer ?

Qu’il y ait des chiens de garde, c’est toujours une bonne chose. Mais là, on ne serait pas en train de devenir une gang de caniches qui jappent dès qu’ils entendent du bruit sans savoir s’il y a un vrai danger ou pas ?

Les causes défendables, c’est pas ça qui manque, et oui, je le répète, on était dû pour un grand ménage. Par contre, ce qui me fait peur, ce sont ceux qui se proclament les grands défenseurs de ces mêmes causes. Je présume que la plupart connaissent assez bien l’enjeu pour y amener les bons arguments et les bons points pour rendre le débat intéressant et mettre les bases pour un compromis, une entente, ou carrément nous faire voir les choses d’une autre façon.

Sauf que, disons les vraies choses, il y en a beaucoup aussi qui se servent de chaque occasion pour baigner dans leur propre « victimisation ». Au moindre signe du « c’est tu correct ça ? » c’est une occasion idéale pour eux de crier haut et fort que non, sans même entièrement savoir pourquoi ils crient comme ça.

La défensive

Malheureusement, ce n’est pas le vrai chien de garde qui prend le temps de sniffer partout avant de décider s’il va japper ou non que l’on écoute. Toute notre attention est monopolisée par la gang de caniches énervés. On veut juste trouver une façon de leur fermer la trappe, donc on acquiesce à tout ce qu’ils veulent juste pour ne plus entendre le bruit fatiguant qui sort de leur bouche.

On est tellement rendu sur la défensive qu’on appelle les pompiers dès que l’on voit de la fumée, au lieu de rester calme et de voir si on ne pourrait pas éteindre le feu nous-mêmes.

Le pire, c’est que je m’étais promis de ne pas écrire sur ce sujet, car je commence à trouver le débat du politiquement correct trop lourd. Mais c’est comme ça que les caniches vont finir par gagner ; ils vont épuiser les vrais chiens de garde que l’on devrait écouter.