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Cannabis: l’industrie veut séduire les femmes

De plus en plus d’entrepreneurs mettent en marché des produits au pot conçus spécialement pour elles

La Montréalaise Camille Chacra gère une boutique en ligne d’accessoires pour les consommatrices.
Photo Pierre-Paul Poulin La Montréalaise Camille Chacra gère une boutique en ligne d’accessoires pour les consommatrices.

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Souvent considérée comme un « boys’ club », l’industrie du cannabis tente maintenant d’attirer les femmes en commercialisant des produits pour elles et en jouant la carte santé.

Lorsque Devon Scoble et Camille Chacra ont commencé à consommer du cannabis thérapeutique, elles ont dressé le même constat : l’industrie du cannabis ne leur parlait pas.

« Je trouvais qu’il n’y avait pas beaucoup d’accessoires pour femmes dans les smokeshop. C’était un peu intimidant pour moi », explique Camille Chacra, 26 ans.

« Je ne me sentais pas interpellée par la culture du stoner, très masculine, ajoute Devon Scoble. J’ai rapidement compris que ce n’est pas Seth Rogen [l’acteur nommé Stoner of the year, par High Time en 2007], qui allait m’apprendre le bon dosage de cannabis dans un cupcake », illustre-t-elle.

Les deux femmes ont donc décidé, chacune à leur façon, de féminiser un peu plus la nouvelle industrie qui prend forme avec la légalisation du cannabis.

La Montréalaise Camille Chacra a lancé, en mars, l’entreprise Allume. Elle commercialise des accessoires comme des étuis pour briquet, des trousses pour transporter ses joints, des pipes aux couleurs roses, blancs, ou bois et dans un style plus minimaliste.

On est loin des accessoires aux couleurs du drapeau de la Jamaïque arborant une feuille de cannabis.

L’actrice Whoopi Goldberg vend du sel d’Epsom infusé au cannabis pour le bain. Il aide à soulager les crampes menstruelles et à traiter l’insomnie et l’anxiété.
Photo courtoisie
L’actrice Whoopi Goldberg vend du sel d’Epsom infusé au cannabis pour le bain. Il aide à soulager les crampes menstruelles et à traiter l’insomnie et l’anxiété.

Une des entreprises les plus connues par et pour les femmes est celle de la comédienne américaine Whoopi Goldberg, Whoppi&Maya, qui commercialise des produits au cannabis pour soulager les crampes menstruelles comme du cacao végétalien et sans gluten au cannabis ou des crèmes et des huiles.

Style de vie

« Plusieurs compagnies de l’industrie du cannabis qui visent les femmes décident d’exploiter le créneau bien-être », souligne Kerri-Line McAlister, directrice marketing pour Lift, une entreprise qui produit du contenu sur le cannabis.

« Il y a beaucoup de femmes dans ce secteur et ça parle davantage aux femmes. »

C’est notamment le cas de Devon Scoble, qui était une journaliste spécialisée en gastronomie et style de vie et qui a été engagée par Hempster, un site web d’information sur le cannabis qui voulait s’adresser aux femmes.

Sur ce site, on trouve beaucoup de recettes pour cuisiner avec du pot, des textes éducatifs sur la santé et la consommation et des articles sur des femmes dans l’industrie.

Mme Scoble écrit le genre de texte qu’elle aurait aimé lire il y a quelques années lorsqu’elle a commencé à consommer du cannabis pour traiter ses douleurs arthritiques et neuropathiques.

Moins de consommatrices

Mère d’un garçon de 6 ans, elle peut par exemple expliquer comment cuisiner des cupcakes de façon sécuritaire.

« Quand je cuisine des cupcakes, mon fils veut goûter. Le secret est dans le glaçage, dit-elle. Je fais les gâteaux qu’il peut manger et ceux au cannabis ont un glaçage différent et sont rangés dans des boîtes fermées à clef. »

Selon Statistique Canada, on compte moins de femmes qui consomment du cannabis. Ou du moins, moins de femmes admettent en consommer. Chez les 15 ans et plus, 49 % des Canadiens disent avoir déjà consommé du cannabis dans leur vie contre 35 % des Canadiennes.

D’ailleurs, très peu de femmes travaillent dans l’industrie. L’an dernier, les femmes ne représentaient que 5 % des sièges sur les conseils d’administration des entreprises de pot inscrites en bourse, selon les données de La Presse canadienne.

« Je travaillais dans l’industrie technologique qui est un milieu d’homme surtout et j’ai été surprise en arrivant dans l’industrie du cannabis de voir qu’il y avait encore moins de femmes », affirme Kerri-Lynn MacCalister.

Mais les choses changent. « Nous devons faire en sorte que cette nouvelle industrie soit différente. On réseaute beaucoup et on se soutient même si certaines sont des compétitrices », explique Devon Scoble.

Différents groupes de femmes ont notamment été créés tels Women Grow ou ElleMenta qui organise une rencontre d’information et de réseautage.

 

Expo de produits au design féminin

Le récent Lift cannabis expo à Toronto, en mai, a permis de constater ce nouvel intérêt de l’industrie pour les femmes, alors que plusieurs produits conçus spécifiquement pour elles étaient présentés au public.

Angela Mustone a développé des produits au pot destinés aux femmes qui éprouvent des douleurs lors des rapports sexuels.
Photo Annabelle Blais
Angela Mustone a développé des produits au pot destinés aux femmes qui éprouvent des douleurs lors des rapports sexuels.

Outre les pipes et les bongs au design plus discret et féminin, on dénombrait également des produits pour femmes comme ceux de la Montréalaise Angela Mustone.

Les tampons de cannabis sont des suppositoires vaginaux qui soulagent les crampes menstruelles.
Photo courtoisie
Les tampons de cannabis sont des suppositoires vaginaux qui soulagent les crampes menstruelles.

Celle qui travaillait dans l’industrie des produits érotiques comme les lubrifiants a décidé de lancer High Love, une gamme de produits comme des huiles à massage contenant du CBD, une substance non psychoactive dans le cannabis, ou du lubrifiant avec du THC qui prétend intensifier les orgasmes.

« Avant que l’industrie vienne dans mon industrie, je me suis dit que j’allais prendre les devants et commercialiser mes propres produits », a expliqué Mme Mustone.