/weekend
Navigation

Nous sommes comme nous sommes

Les Québécois, Jean-Michel Demetz, Éditions Tallandier
Photo courtoisie Les Québécois, Jean-Michel Demetz, Éditions Tallandier

Coup d'oeil sur cet article

Depuis le temps qu’on nous crie des gros mots, toutes sortes de gros mots comme racistes, xénophobes, fermés à la différence, blancs suprématistes, voici quelqu’un qui semble nous apprécier à notre juste valeur. Alors, ne boudons pas notre plaisir.

L’auteur, Jean-Michel Demetz, n’est pas un touriste de passage qui tripe sur nos vastes espaces, nos lacs et rivières, les populations amérindiennes, notre gibier abondant et nos hivers à n’en plus finir. Il a pris la peine de se pencher sur notre histoire : « Hier, c’étaient les origines qui dessinaient la nation ; désormais, c’est le territoire qui devient le cadre référent », faisant allusion au passage du terme « Canadien français » à l’appellation « Québécois ».

L’auteur a saisi notre schizophrénie nationale : « L’avènement du “Québécois” se veut une rupture avec un passé ressassé et amer. [...] Cette double mise à mort du Canadien et du Français est transcendée par la promesse de l’émergence d’un homme neuf qui serait porté à la fois par la puissance d’une énergie éternelle et la prise en main de son destin. »

S’appuyant sur les récits de missionnaires et de voyageurs, mais aussi sur une abondante bibliographie, dont le récent Code Québec, il peut affirmer sans risque de se tromper que l’hiver et le froid ont formé notre caractère, depuis les débuts de la colonie. Il en est de même encore aujourd’hui pour les nouveaux arrivants, même si on ne peut plus parler de survie, grâce au confort moderne.

L’ouvrage se décline en six parties qui font référence aux grands thèmes de notre histoire moderne et aux débats qui ont cours dans notre société, de notre américanité à notre quête d’identité, en passant par les grands défis d’aujourd’hui et de demain et nos différences par rapport au ROC.

Au cas où nous le saurions pas encore, sachez que nous sommes plus volages que le ROC, que nous sommes plus nombreux à consommer de l’alcool, mais moins nombreux à nous adonner aux drogues illicites, que notre taux de criminalité est le plus bas du Canada, que nous sommes consensuels et détestons la chicane.

Bien sûr, on trouve, dans cet ouvrage, un grand nombre de vérités et de constats évidents, et il est bon de se les faire rappeler. Mais l’auteur a trop voulu faire consensus et plaire à tout le monde des deux côtés de la barricade (car barricade il y a), et il tourne souvent les coins ronds. C’est ce qui arrive lorsqu’on s’appuie sur les dires de la journaliste Chantal Hébert, par exemple, ou sur ceux d’un personnage des plus risibles de notre histoire récente, le mari de l’ex-gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean (ce vire-capot qualifie notre combat pour la souveraineté d’« aberration géopolitique »), ou encore sur un écrivain ontarien dont je n’ai jamais entendu parler, B. W. Powe.

Il devrait plutôt citer le journaliste Christian Rioux du quotidien Le Devoir (sans doute tout aussi inconnu du Canada anglais), qui tout en étant basé à Paris, n’en décrit pas moins l’actualité québécoise dans ses moindres détails.

Quelques réserves

Ses affirmations concernant les soi-disant bénéfices immenses de la péréquation pour le Québec manquent de sérieux, d’autres analystes affirmant le contraire. Le Canada ne nous a jamais fait de cadeau. L’industrie aérospatiale au Québec n’a jamais reçu autant que l’industrie automobile ontarienne et notre hydroélectricité n’a bénéficié d’aucune largesse du gouvernement fédéral, contrairement à l’hydroélectricité du Nouveau-Brunswick et du Labrador. Cela devrait être clair et bien compris pour un journaliste français comme l’auteur qui a passé la moitié de sa vie au Québec.

Mis à part ces réserves, j’applaudis au projet de mieux faire connaître l’homo quebecensis auprès des nouveaux arrivants. Ne serait-ce que pour le volet de nos origines en cette terre d’Amérique, cet ouvrage vaut largement le détour.