/weekend
Navigation

Ceci est mon corps... vraiment?

<b><i>Nouvelles de la conscience</i></b><br />
Benoît Ménard<br />
Tête première, 123 pages, 2018.
Photo courtoisie Nouvelles de la conscience
Benoît Ménard
Tête première, 123 pages, 2018.

Coup d'oeil sur cet article

Mine de rien, sourire en coin, de bien graves questions sont posées dans ce petit livre. Ça veut dire quoi, au juste, être soi?

On croirait, à voir le titre, que Nouvelles de la conscience tient de l’ésotérisme ou, à l’inverse, de l’approche austère. Et on se retrouve avec plaisir devant un recueil de nouvelles pétillant d’humour et d’intelligence.

Nous sommes à la fin du 21e siècle et la Terre se cherche une terre d’accueil, vu l’explosion démographique et la dégradation environnementale. Est donc envisagée une colonie sur la Lune ou sur Mars. Mais pour tester la présence humaine là-haut, il faut des astronautes extrêmement bien formés. Or former prend du temps : une fois les connaissances acquises, c’est le corps qui a perdu de son efficacité.

Belle coïncidence, la science vient justement de réussir à identifier l’emplacement de la conscience humaine dans le cerveau. En poussant l’affaire, une nouvelle technologie devient possible : le transfert de conscience d’un cerveau à l’autre. Pour l’exploration spatiale, cela se traduit par l’envoi de la conscience d’un astronaute d’expérience dans le corps d’un plus jeune, au sommet de sa forme physique.

L’expérience, ultra-secrète, est donc tentée ; elle échouera (et c’est délicieux de constater comment). Fin de la première nouvelle. Sauf que l’histoire de cette expérience se répand, suscite des convoitises. D’où le défi du 22e siècle : débusquer les laboratoires clandestins de transfert de conscience.

Monde en mutation

C’est cette prémisse qui mène les lecteurs aux six autres nouvelles du livre qui sont autant de variations sur ce que signifie être quelqu’un dans le corps de quelqu’un d’autre. À moins que ce soit l’inverse ? Il y a de quoi se perdre à passer d’un cerveau à l’autre ! À preuve la nouvelle « L’aveu », qui débute avec le cas d’un homme reconnu coupable d’avoir tué sa femme – avec ADN pour le prouver et aveu pour compléter – alors que c’est bel et bien quelqu’un d’autre le meurtrier...

Benoît Ménard, dont c’est le premier livre, sait habilement nous guider à travers ce monde en mutation. On s’y reconnaîtra sans peine, car ce n’est pas le futurisme ici qui domine, mais ce qui nous fait humains. Nous aussi, on aimerait bien envoyer quelqu’un d’autre chez le dentiste ! Ou planter un autre cerveau dans notre corps pour se taper la routine du travail, toujours nécessaire – même dans le lointain avenir ! – pour gagner sa vie.

Quant à faire l’amour, est-ce la tête ou le corps qui est vraiment de la partie ? La nouvelle technologie ouvre en fait un monde de perspectives, qui englobe autant la cruauté que le don de soi et la bonté, et dont on mesure les effets pervers possibles.

En jouant ainsi sur les différentes facettes de la notion d’identité, l’auteur arrive à susciter bien des interrogations existentielles chez son lectorat. C’est dit légèrement et pourtant ça n’a rien de futile en cette ère où l’intelligence artificielle se développe à grands pas !