/investigations
Navigation

La tentative ratée de Montréal pour séduire Amazon

La métropole proposait un impressionnant campus dans le secteur du Vieux-Montréal et du canal de Lachine

Dans le secteur de l’autoroute Bonaventure et du bassin Peel, on aperçoit une maquette des bâtiments qui auraient été construits le long des rues Mill et Bridge.
Illustration Courtoisie Dans le secteur de l’autoroute Bonaventure et du bassin Peel, on aperçoit une maquette des bâtiments qui auraient été construits le long des rues Mill et Bridge.

Coup d'oeil sur cet article

Dans sa tentative infructueuse pour attirer Amazon sur son territoire, Montréal a proposé au géant américain du commerce en ligne de construire son deuxième siège social sur un immense campus futuriste près du Vieux-Port et de Griffintown.

Ce palace aux surfaces transparentes et aux lignes épurées, c’est en quelque sorte le gros lot économique qui a échappé à la métropole. Il aurait transformé complètement un secteur qui se cherche une vocation depuis des décennies.

Notre Bureau d’enquête a réussi à se procurer quelques esquisses du projet montréalais, qui ont été gardées confidentielles par les autorités politiques et institutionnelles.

C’est en septembre 2017 qu’Amazon a annoncé son intention de trouver un site en Amérique du Nord pour y investir 5 milliards de dollars afin d’accueillir jusqu’à 50 000 travailleurs.

Montréal a embarqué dans le train et mandaté son agence de développement économique, Montréal International, pour piloter le dossier. La concurrence a été vive. Pas moins de 238 villes ont soumis une candidature.

En deux temps

La métropole n’y allait pas avec le dos de la cuillère dans sa présentation en anglais déposée à l’intention du grand patron d’Amazon, Jeff Bezos.

Elle avançait que sa proposition aurait représenté « le plus excitant projet de développement de bureaux dans un centre-ville en Amérique du Nord depuis une génération », a-t-on pu apprendre.

La candidature était accompagnée de lettres des premiers ministres Justin Trudeau et Philippe Couillard, de l’ex-maire Denis Coderre et de 13 dirigeants d’institutions d’enseignement.

Selon nos informations, Montréal proposait d’abord à Amazon d’emménager temporairement dans plus d’un million de pieds carrés d’espaces à bureaux répartis dans un choix de 14 immeubles du centre-ville, incluant la Place Ville-Marie et le 1000 de la Gauchetière.

Pendant ce temps, le nouveau campus aurait été construit en bordure de l’eau, dans l’horizon 2020-2027. Ce site a été retenu parmi les 15 endroits étudiés dans la région métropolitaine.

La proposition comprenait trois immenses sites contigus (voir ci-contre) qui totalisent 16 millions de pieds carrés, soit plus de quatre fois la superficie du quadrilatère qui accueille le Stade olympique. Ils ont en commun d’être tout près d’une station du Réseau express métropolitain, le train léger électrique construit par la Caisse de dépôt, qui devrait être en service d’ici 2021.

Projet attendu

Montréal a mordu la poussière en ne figurant pas parmi les 20 finalistes annoncés en janvier dernier. Toronto, ainsi que 19 métropoles américaines, dont New York, Los Angeles et Chicago, sont encore en lice. Amazon prévoit annoncer le grand gagnant d’ici la fin 2018.

Dans la proposition soumise par Montréal international, le célèbre Silo no 5 est intégré au nouveau siège social d’Amazon.
Illustration Courtoisie
Dans la proposition soumise par Montréal international, le célèbre Silo no 5 est intégré au nouveau siège social d’Amazon.

La Société immobilière du Canada tente depuis 2010 de trouver un projet porteur pour la pointe du Moulin et le Silo no 5. L’échéance initiale du 375e anniversaire de la ville (l’an dernier) a été dépassée. Le plan directeur final qu’elle devait présenter l’automne dernier se fait toujours attendre.

Au fil des années, des projets plus ou moins sérieux ont été suggérés, comme transformer l’endroit en hôtel, en œuvre artistique géante, ou encore y aménager des condos.

Un immense site en trois zones

 


Le campus Pointe-du-Moulin

Il y a plus de 2 millions de pieds carrés de superficie à construire sur un terrain qui appartient principalement à Ottawa.

C’est là qu’est bâti le fameux Silo no 5, un ancien entrepôt à grains désaffecté. On prévoyait conserver l’enveloppe de ce bâtiment au caractère patrimonial.

On promettait à la multinationale américaine qu’en y installant ses pénates, elle pourrait contribuer à « remodeler le Vieux-Port ».


Le campus Saint-Patrick

Cet immense site au sud du canal de Lachine est actuellement un amalgame douteux de stationnements et d’entrepôts industriels à louer, qui aurait bien besoin de revitalisation.

Plus de 6 millions de pieds carrés y auraient attendu Amazon.


Le campus Bridge-Wellington

Le long des rues Mill et Bridge menant au pont Victoria, on trouve une friche d’immeubles épars, dont celui coiffé de la fameuse enseigne lumineuse de Farine Five Roses. Plusieurs sont abandonnés. Il y a là 7 millions de pieds carrés disponibles.

Comment Montréal a vanté sa candidature

220 000 : On trouve une concentration d’emplois dans le secteur des hautes technologies à Montréal, avec plus de 220 000 personnes qui œuvrent dans ce domaine.

4 : Une solide infrastructure de fibre optique est en place, de même que quatre réseaux de téléphonie cellulaire majeurs.

20 : minutes Temps entre l’aéroport Pierre-Elliot-Trudeau et le site proposé (on présume que la circulation n’a pas été prise en compte).

15 000 : Nombre de chambres d’hôtel dans les environs du campus proposé.

11 : Nombre d’établissements d’enseignement universitaire dans la métropole.

  • C’est une ville multiculturelle dans un pays ouvert à l’immigration, où le coût de la vie est bas par rapport à d’autres métropoles.
  • Montréal, Québec et Ottawa auraient fourni plusieurs crédits de taxes et autres avantages fiscaux.
  • Des tarifs « compétitifs » d’électricité sont offerts par Hydro-Québec.