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Les enchères d'Amazon

Powell of Jamaica wins men's 100m race at Zurich Golden League Meeting in Switzerland
REUTERS/Andreas Meier

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On apprenait hier une partie des détails de l’offre de Montréal International à Amazon dans le cadre de son concours visant à choisir l’emplacement de son second siège social nord-américain. Plusieurs se désolent que Montréal n’ait pas été choisie parmi les finalistes. Le fait est qu’on n’aurait probablement pas dû participer à un tel concours dès le départ.

Les gouvernements sont perdants à participer à cette course aux subventions et aux niches fiscales. Les secteurs créatifs de la production télévisuelle ou de la production multimédia sont de bons exemples de cette prise en otage qui dure depuis des décennies.

Il n’y a essentiellement aucun état ou province nord-américain qui n’offre pas de crédit d’impôt à la production cinématographique. Résultat : peu importe où on tourne son film, on a une réduction d’impôt. Les producteurs ne choisissent pas en fonction de la présence d’un crédit, mais en fonction de la présence d’un crédit plus généreux que celui des autres. Les crédits augmentent sans cesse, parce qu’il faut rivaliser avec celui du voisin. Les États y perdent de précieux revenus et les producteurs empochent.

Les généreux crédits d’impôts pour la production de jeux vidéos nous placent dans la même dynamique. Ce qui était une bonne idée lorsque nous étions les seuls à en offrir est de plus en plus une course vers le bas en compétition avec nos voisins. Si ces crédits pouvaient se justifier pour contribuer à l’expansion chez nous d’une industrie naissante, il est bien évident maintenant que nous sommes otages des grands groupes établis du secteur. Ces joueurs utilisent la menace de déménager ailleurs pour justifier le maintien des avantages fiscaux qui gonflent leurs profits. Nous avons contribué à l’expansion du secteur, mais nous ne pouvons pas cesser de soutenir des entreprises matures et profitables, parce qu’elles sont mobiles et que nos voisins imitent notre stratégie.

C’est un exemple parfait du dilemme du prisonnier, où le choix de faire cavalier seul est la meilleure option d’un point de vue individuel, mais également celle qui nuit le plus à la collectivité. Si les États se liaient pour refuser collectivement d’offrir de tels avantages, ils en sortiraient tous gagnants. Certains investissements viendraient chez nous et d’autres iraient ailleurs, mais tous les États auraient des finances publiques plus solides.

Amazon n’a qu’un mérite, c’est d’être transparente dans sa démarche. La multinationale place ouvertement les villes en compétition pour savoir celle qui offrira le plus gros chèque. On pourrait qualifier la méthode d’arrogante. Elle a ça de bon de dissiper tout doute quant à l’existence du problème de la concurrence fiscale.

Montréal, et le Québec en général, tire relativement bien son épingle de ce jeu de la compétition pour les investissements. Mais nous ne devrions pas nous leurrer quant à la nature du jeu. Les vrais gagnants ne sont pas les villes qui attirent les entreprises mais les propriétaires de celles-ci.