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Les interactions négatives

Justin Trudeau
Photo d'archives, Simon Clark

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On a vu la scène mille fois au cinéma : dans un obscur cagibi, un terroriste fabrique une bombe qui, soudainement, lui pète en pleine face.

Bye bye, mon chum, et bien fait pour toi...

Nous sommes dans un festival de la bière, à Creston, en Colombie-Britannique, au mois d’août de l’an 2000.

Justin Trudeau a 28 ans. Il n’est pas encore en politique, mais il est déjà immensément connu à cause de son patronyme.

Trou de mémoire

Une jeune journaliste fait une entrevue avec le beau Justin. Celui-ci la trouve de son goût.

À l’époque, un petit journal, le Creston Valley Advance, publie un éditorial anonyme alléguant que le beau Justin aurait eu un comportement « inapproprié » envers la jeune femme.

Ce qui est fâcheux avec les articles de journaux, c’est qu’ils ne disparaissent pas et peuvent revenir vous hanter.

C’est fait.

Dans un premier temps, le beau Justin dit ne pas se souvenir qu’il y aurait eu des « interactions négatives ».

Trouvez-moi, en passant, un autre chef de gouvernement qui parle comme cet homme.

La jeune femme, elle, a une mémoire nettement plus aiguisée. Elle vient de sortir de l’ombre pour raconter que Justin s’est essayé, comme on dit, et se serait excusé le lendemain.

Dès que CNN et le Washington Post se sont emparés de l’affaire, la mémoire du beau Justin a soudainement retrouvé du tonus.

Il a d’abord dit s’être excusé auprès de la jeune femme de la manière suivante : « Si j’avais su que vous étiez en reportage pour un média national, je n’aurais pas été aussi entreprenant. » (« ... I never would have been so forward. »)

Donc, si elle avait travaillé pour « l’Hebdo de St-Glin-Glin », il se serait cru plus autorisé à « entreprendre » ?

Depuis, il bafouille son habituel pablum mou sur l’importance du respect, de réfléchir à nos comportements passés, sur l’éveil en cours, etc.

Il était sans doute inévitable que des problèmes trop longtemps ignorés suscitent des réactions qui, parfois, foulent aux pieds la présomption d’innocence et peuvent détruire des réputations sur la base d’allégations fragiles, souvent anonymes.

Cracher en l’air

On ne pleurera cependant pas sur le sort de Justin Trudeau.

Dans notre classe politique, personne n’a, plus que lui, contribué à créer le climat actuel.

C’est lui qui a martelé qu’il FAUT croire les allégations quand elles surgissent.

C’est lui qui a martelé que ce serait dorénavant tolérance zéro, peu importe le nombre d’années écoulées depuis les incidents allégués.

C’est lui qui, pour donner l’exemple, a impitoyablement écarté du conseil des ministres Kent Hehr avant qu’une enquête en bonne et due forme ait été menée.

Quand on fait la morale aux autres à temps plein, on a intérêt à être soi-même irréprochable.