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Les Québécois se font de plus en plus soigner à l'extérieur

Les soins de santé dans une autre province ont coûté 258 millions $ l’an passé

Michelle Roy et ses deux enfants, Zoélie 11 ans et Yohan 13 ans, partent de l’Ange-Gardien en Outaouais pour se rendre en Ontario, où ils sont suivis par un médecin de famille. Leurs consultations sont chaque fois remboursées par la RAMQ.
Photo Christopher Nardi Michelle Roy et ses deux enfants, Zoélie 11 ans et Yohan 13 ans, partent de l’Ange-Gardien en Outaouais pour se rendre en Ontario, où ils sont suivis par un médecin de famille. Leurs consultations sont chaque fois remboursées par la RAMQ.

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Les Québécois se font de plus en plus soigner dans d’autres provinces, refilant une facture totale de plus de 258 millions $ à la RAMQ l’an dernier, selon des données obtenues par Le Journal.

Depuis près de 10 ans, la facture des services professionnels ou hospitaliers prodigués aux Québécois dans une autre province a grimpé de 63 %. Les services professionnels incluent les honoraires des médecins, alors que les services hospitaliers sont les coûts remboursés aux établissements.

L’an dernier, environ 150 000 Québécois ont vu un médecin ailleurs au Canada et plus de 130 000 ont séjourné dans un hôpital, une urgence ou une clinique externe.

« Énorme »

« C’est énorme », s’étonne Paul Brunet du Conseil pour la protection des malades.

Selon lui, le tourisme à lui seul ne peut pas expliquer ces données. « Ce sont de gros chiffres et difficilement explicables autrement que par le fait que quelqu’un qui ne peut pas avoir ce dont il a besoin au Québec, il va aller ailleurs », déplore-t-il.

La Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) précise qu’elle paie aux médecins et hôpitaux des autres provinces le montant que coûterait le même service au Québec. Si le service coûte plus cher, la différence à payer revient au patient.

Meilleur service

Des Québécois interrogés par Le Journal soutiennent faire le choix d’aller en Ontario notamment, car ils y obtiennent un meilleur service.

Par exemple, Alexandra Loiselle-Goulet n’hésite pas à partir de Salaberry-de-Valleyfield et rouler 40 minutes pour se rendre à l’hôpital d’Alexandria en Ontario. Elle est certaine qu’elle revient chez elle plus rapidement que si elle se rendait à l’hôpital de sa ville, où le taux d’occupation de l’urgence atteignait 295 % hier.

« C’est rapide et efficace. Je n’irai plus jamais au Québec. Mais ce n’est pas juste le temps d’attente, c’est aussi le sourire des gens. Les premières fois que j’y suis allée, j’avais l’impression d’être dans une comédie musicale », dit la femme de 38 ans.

Elle n’est pas la seule, puisque la directrice des services financiers du Glengarry Memorial Hospital à Alexandria, Linda Ramsay, dit que de 25 à 30 % des patients à l’urgence sont Québécois.

« Ça fait notre affaire, on aime ça », lance-t-elle, soulignant que les montants facturés à la RAMQ sont « assez substantiels », sans vouloir dire combien exactement, et viennent gonfler leur budget.

Résidente de l’Ange-Gardien en Outaouais, Michelle Roy a décidé d’accoucher en Ontario, après une visite à l’hôpital de Gatineau où elle a trouvé le personnel froid. Depuis plus de 10 ans, ses deux enfants sont même suivis par un médecin de famille en Ontario.

Pour sa part, Sylvie Joncas a choisi de se faire opérer à l’épaule en Alberta avant même d’y déménager, exaspérée par les temps d’attente. Avec ses résultats d’une résonance magnétique subie au privé au Québec, l’hôpital de Banff l’a mise sur une liste d’attente et l’a opéré six semaines plus tard.

« C’est le jour et la nuit », souffle-t-elle.

Pas un problème selon le ministre Barrette

Gaétan Barrette
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits
Gaétan Barrette

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, ne s’inquiète pas de voir de plus en plus de Québécois se faire soigner dans une autre province canadienne.

« Je ne vois pas de problème avec ça », assure-t-il. « C’est normal, parce que les Québécois sont de plus en plus mobiles et vont à l’extérieur pour leur travail », soutient le ministre.

Pourtant, les données de la RAMQ montrent que ce sont environ 150 000 Québécois qui consultent un médecin ailleurs qu’au Québec depuis plusieurs années. Les montants que rembourse la RAMQ augmentent encore plus rapidement.

« On ne peut pas empêcher ça et ça n’a aucune incidence », dit-il, ajoutant qu’il n’y voit pas une perte de confiance des malades envers le système de santé.

Même montant

« Cet argent-là serait dépensé, ce serait le même montant », ajoute-t-il, puisque la RAMQ rembourse aux provinces le coût d’un même service au Québec.

Pourtant, le ministre dénonçait au quotidien Le Droit, il y a deux ans, que les fonds québécois servaient à financer les rénovations de l’hôpital d’Hawkesbury en Ontario, car les patients québécois y étaient de plus en plus nombreux.

C’est pourquoi le gouvernement devait s’engager à construire un hôpital à Vaudreuil, disait-il à l’époque, un projet qui va d’ailleurs de l’avant sur des terres agricoles.

Le ministre dit maintenant que l’inverse est aussi vrai et que des Canadiens viennent se faire soigner dans la Belle Province.

Ailleurs dans le monde

Par ailleurs, Gaétan Barrette se réjouit de voir que le nombre de Québécois qui se font soigner ailleurs dans le monde est en baisse.

Il y a 10 ans, Le Journal rapportait que les soins remboursés par la RAMQ pour des soins dans un autre pays explosaient.

Mais depuis les 15 millions $ remboursés en 2009, la facture a diminué à un peu plus de 11 millions $ l’an dernier.

Pour le ministre de la Santé, il s’agit d’une bonne nouvelle, montrant l’amélioration de la qualité et la diversité des soins offerts au Québec.

Soins remboursés par la RAMQ

2008

Services professionnels

24 844 676 $

Pour 123 734 Québécois


Services hospitaliers

134 179 196 $

Pour 94 208 Québécois


2017

Services professionnels

38 392 850 $

Pour 149 166 Québécois


Services hospitaliers

220 038 396 $

Pour 130 634 Québécois


*Les services professionnels incluent les honoraires des médecins et les services hospitaliers sont les frais remboursés aux établissements.

*Un même patient peut obtenir les deux services à la fois

Source : RAMQ