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Leurs réserves d'eau à sec: Des agriculteurs craignent de tout perdre

Les deux prochaines semaines vont être cruciales pour bien des agriculteurs

L’agriculteur de Saint-Placide Daniel Laviolette est découragé de sa production de gazon qui est aussi sèche que ses revenus.
Photo Collaboration spéciale, Stéphane Sinclair L’agriculteur de Saint-Placide Daniel Laviolette est découragé de sa production de gazon qui est aussi sèche que ses revenus.

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Des agriculteurs du Québec pourraient perdre toute leur récolte d’ici deux semaines si la pluie ne finit pas par tomber. Les étendues d’eau dans lesquelles ils puisent leur précieux liquide sont presque à sec.

« On est en mode urgence », avance Pascal Lecault, copropriétaire de Vegibec à Oka, dans les Basses-Lautentides, qui doit dépenser une fortune pour gagner du temps en attendant la pluie.

<b>Pascal Lecault</b><br />
Copropriétaire de Vegibec
Collaboration spéciale
Pascal Lecault
Copropriétaire de Vegibec

Depuis le début des temps chauds, de nombreuses pertes dans le milieu agricole ont été dénombrées, a indiqué Richard Maheu, de l’Union des producteurs agricoles (UPA). Il explique qu’il est encore trop tôt pour chiffrer les pertes, mais il parle de crise à venir et de situation critique.

« Ça va se jouer sous peu. Dans les prochaines semaines. On doit avoir de la pluie ! » dit-il.

Environ 10 % du personnel de M. Lecault, au lieu du 2 % habituel, est occupé à installer 4,5 kilomètres de tuyaux d’irrigation pour lui éviter de perdre sa récolte. Il estime avoir besoin de 2000 à 3000 camions-citernes d’eau par jour pour irriguer ses terres.

« Les raccords de tuyaux viennent d’où ? De l’État de Washington ? Fais-les venir en avion le plus vite possible, je vais payer ce que ça va coûter », dit-il à son fournisseur d’équipements d’irrigation pendant qu’il fait visiter ses terres au Journal.

Risque de tout perdre

M. Lecault explique qu’il va tout perdre sur ses 1200 acres de terre de culture maraîchère d’ici deux semaines s’il ne pleut pas. Il n’est pas très optimiste.

« Vous avez vu la météo pour les deux prochaines semaines ? Il ne devrait pas y avoir de pluie. C’est cool pour le monde en vacances, mais pas vraiment pour nous », dit-il d’un ton inquiet.

Même son de cloche pour Daniel Laviolette, un producteur de gazon de Saint-Placide, dans les Laurentides.

« J’ai perdu 100 000 $ juste ici. Je ne peux rien faire avec une grande partie de mon gazon pour le reste de l’année. Et le reste de l’été va déterminer si ça va repousser », lance-t-il découragé.

« Plusieurs personnes considèrent aussi que ce n’est pas le bon moment d’installer du gazon. Encore des pertes », dit-il devant son champ de gazon jauni par la sécheresse.

M. Lecault affirme être plutôt chanceux puisqu’il a les moyens d’investir en irrigation pour gagner du temps sur la nature. Ce n’est pas le cas pour tous les agriculteurs.

« Le niveau du lac [Deux-Montagnes] est bas. S’il commence à manquer d’eau sur la rivière des Mille Îles, on n’aura plus le droit de pomper en amont. »

Au plus fort la poche

L’eau crée une véritable concurrence entre agriculteurs. « C’est celui qui pompe l’eau le plus vite qui gagne, dit-il. Cependant, ils s’entraident aussi. Moi, je peux aller pomper dans le lac, pas lui. Là, je suis en train de lui redonner de l’eau et il va pouvoir en avoir plus dès que je serai en mesure de pomper dans le lac », lance-t-il.

Ce dernier croit que le gouvernement devrait aider les agriculteurs dans ces conditions.

« J’ai déjà perdu 40 000 choux-fleurs et le pire est à venir. Le gouvernement aide Bombardier avec des milliards, il pourrait nous aider aussi », rage-t-il.

– Avec monjournal.ca


♦ Cliquez ici pour consulter la météo.

 

Agriculteurs Craintifs

« Nous pompons l’eau dans la nappe phréatique, mais je ne sais pas pour combien de temps. Lors de la dernière sécheresse en 2002, on ne pouvait plus pomper dans la nappe phréatique. » – Daniel Laviolette, producteur de gazon de Saint-Placide

« Si la météo ne s’améliore pas, la grande majorité des secteurs d’activités vont être touchés. Les pommes ne grossissent même pas. Imaginez les commerces de Rougemont ou d’Oka cet automne. » – Richard Maheu, président régional de l’Union des producteurs agricoles

« La municipalité a offert de l’aide aux agriculteurs, mais nous n’avons même pas la production d’eau nécessaire à leurs besoins. » – Pascal Quévillon, maire d’Oka

 

Bétail sans foin

Si la production maraîchère est pour le moment la première victime de la sécheresse, les éleveurs de bétail aussi risquent gros.

« Les bovins s’alimentent principalement d’herbe et de maïs, ce n’est pas mieux dans ce milieu », explique Richard Maheu de l’Union des producteurs agricoles.

« Nos producteurs ont perdu près de 20 % de leur production en raison du printemps froid. Ils ont ramassé leur première récolte de foin. Mais s’il n’y a pas de pluie, ils feront quoi pour leur seconde ? Le foin ne poussera pas », ajoute-t-il

Il explique que la plante est déjà en train de virer. Si la température persiste, il s’attend à ce que le maïs ne soit pas bon. « Tout est touché, la salade, le maïs, le foin, etc. Le maïs sucré est une chose et on risque de ne pas en avoir beaucoup, mais le maïs sert aussi d’alimentation pour le bovin », explique-t-il. M. Maheu affirme ainsi que l’impact de la sécheresse se fera aussi sentir dans plusieurs autres domaines.

Selon ce dernier, il faudra importer la nourriture nécessaire à notre bétail, que ce soit pour le bovin ou la vache laitière.

 

Ils doivent importer du chou-fleur

« On importe des légumes qu’on n’importe jamais en été d’habitude, comme du chou-fleur, du brocoli, du kale et de la salade romaine », explique Jean-François Laverdure, président de JB Laverdure inc., un importateur et exportateur de fruits et de légumes.

La situation est particulière selon lui. Mais comme il est aussi exportateur de légumes vers les États-Unis, il affirme ne pas bénéficier de la situation problématique des agriculteurs.

« Ce que je gagne d’un côté, je le perds de l’autre », dit-il.

Il explique que si la météo ne change pas, les besoins en exportation devraient être encore plus gros. « Les producteurs de maïs risquent de perdre beaucoup. Plusieurs cultures sont en danger », conclut-il.

 

Les fournisseurs d’équipements d’irrigation en pénurie

Des employés travaillent jour et nuit pour installer des tuyaux qui irrigueront les champs en urgence.
Photo Collaboration spéciale, Stéphane Sinclair
Des employés travaillent jour et nuit pour installer des tuyaux qui irrigueront les champs en urgence.

La demande d’équipements d’irrigation est telle au Québec et dans le reste du Canada que le principal fournisseur québécois est en pénurie de pièces névralgiques.

« On reçoit entre 400 et 500 coups de téléphone par jour. Nous avons des délais de trois à quatre semaines sur plusieurs pièces d’équipements », explique Ginette Guinois, d’Agrinovation, une compagnie spécialisée dans l’irrigation basée à Saint-Rémi, en Montérégie.

Des joints de caoutchouc, des raccords de tuyaux et des pièces d’équipements de pompes à haut débit ne sont que quelques-unes des pièces en pénurie.

Elle ajoute que c’est généralisé à travers le Québec, mais aussi dans l’est du pays. Mme Guinois explique que leur compétiteur basé en Ontario ne fournissait pas non plus. « On reçoit beaucoup plus de coups de téléphone de l’Ontario. À ce point, c’est inhabituel », conclut-elle.