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Couillard prend ses propres risques

Couillard prend ses propres risques
Photo Agence QMI, Philippe-Olivier Contant

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Une heure à placoter de tout et de rien avec une humoriste réputée pour son franc-parler [Marie-Lyne Joncas], ce n’est pas banal pour un premier ministre. Le risque est énorme dans un monde où un mot mal choisi peut devenir une controverse nationale. Philippe Couillard a pris ce risque mardi soir. En direct, devant public.

Il ne s’est pas cassé la margoulette. Faute de faire rire, il a su faire sourire. Il faut dire que ce n’est pas un boute-en-train. L’homme lit les grands auteurs, aime la haute voltige intellectuelle, mais n’est pas l’amuseur public numéro un à la taverne. Cependant, une entrevue semblable fait ressortir un côté humain qui ne ressort pas souvent du personnage politique.

On l’accuse d’avoir participé à un exercice futile ? Soit. Mais montrer un visage plus humain n’est pas un méfait. Au fil des décisions difficiles et des controverses, les élus doivent se faire une carapace qui finit par devenir leur image publique. Leurs proches vous décriront souvent la même personne sous un jour pas mal différent.

Fait important, ce n’est pas la machine libérale qui a poussé Philippe Couillard à accepter cette invitation étonnante et improbable. La prudence élémentaire de l’organisation aurait conduit à un refus poli. Il va de soi que le besoin de rebondir dans l’opinion publique incite à prendre des risques. Il faut forcer le jeu. Mais c’est Philippe Couillard lui-même qui mène son jeu et qui choisit les risques qu’il est prêt à prendre.

Le choix Taillefer

Ce n’était pas non plus la machine libérale qui avait encouragé le premier ministre à choisir Alexandre Taillefer pour présider sa campagne. Le type a de la fougue, mais il arrive de l’extérieur du parti et n’a aucune expérience politique. C’était un risque ça aussi. Une décision signée Philippe Couillard qui croyait dans l’énergie nouvelle que ce type pourrait apporter.

À quelques mois d’une élection où certains lui prédisent la catastrophe, Philippe Couillard assume pleinement ses choix et ses prises de risques. On sent qu’il est personnellement et sincèrement fier de son bilan et qu’il accepte de faire face à l’électorat, quelle que soit l’issue. Il a encore foi en sa capacité de gagner, mais il accepte avec une certaine sérénité l’hypothèse de la défaite.

La solitude du chef

Malgré la grosse machine en apparence autour de lui, Philippe Couillard se retrouve assez seul avec ses misères et ses défis. Les vieilles filières libérales l’ont passablement délaissé. Certains le trouvent trop peu chaleureux avec les militants. D’autres ont peut-être des motifs moins nobles et jugent qu’il se détache trop des « méthodes » libérales. Note : il n’y a pas eu de scandale de malversations dans son mandat de quatre ans.

Disons que la prise de risque de Philippe Couillard en cet été chaud fait contraste avec la prudence de François Legault. À la CAQ, le mot d’ordre est clair : éviter les exercices périlleux. Pour l’instant, ça marche !