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Perdre pour les bonnes raisons

Perdre pour les bonnes raisons
Photo Simon Clark

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C’est en lisant la chronique de mon collègue Claude Villeneuve  que m’est revenue en tête la remarque que m’avait fait un jour Camil Bouchard : « Tant qu’à perdre, il faudrait tout au moins que ce soit pour les bonnes raisons ». Le directeur des pages Opinions décrit avec justesse l’aseptisation de la CAQ, qui a pratiquement éliminé de son discours toutes les propositions irritantes de son programme pour devenir de plus en plus semblable aux libéraux. Il explique ainsi son succès dans les sondages par rapport à QS qui ne décolle pas avec sa rigidité idéologique. De son côté, l’ex-député péquiste demeurait plutôt inflexible sur ses principes fondamentaux au risque d’être détrôné.

Je ne sais pas si cette tendance au travestissement, comme le fait la CAQ, contribue à rendre les gens de plus en plus cyniques face à la politique, mais il y a dans les propos de Claude Villeneuve et de Camil Bouchard une intéressante source de réflexion sur le pragmatisme et la fidélité à ses idéaux en politiques. Le paradoxe est troublant alors que la stratégie de la CAQ la maintient élevée dans les sondages avec une population avide de changement. J’observe pourtant dans nos rencontres familiales estivales une totale indifférence à l’égard de la campagne électorale en cours. Pire, je détecte une conviction chez les cousins et cousines  quel que soit le parti élu, que cela ne changera rien à la vie de tous les jours. La confiance dans les politiciens est à son plus bas niveau.

Malgré cette lassitude, les stratèges caquistes continuent de marquer des points en enjoignant leur chef d’être invisible, tel un caméléon qui prend la couleur de son environnement et qui se perd dans le décor. Comme le mercenaire qui est prêt à se battre pour n’importe quelle cause, François Legault s’adonne à toutes les contorsions idéologiques nécessaires pour réaliser son rêve d’être premier ministre. Cette attitude tend à discréditer la politique au sens noble du terme, mais la population ne s’en offusque pas à court terme et semble conserver ses regrets ou son amertume pour plus tard.

Du côté péquiste, c’est la stagnation dans les sondages malgré des idées fortes qui renouent avec les fondements du parti lors de sa création. Champion d’une sociale démocratie renouvelée et d’une vision claire sur le développement durable, le chef péquiste n’apparaît pas vouloir faire de compromis sur les propositions audacieuses de son parti. Bizarrement, le PQ propose un véritable changement en comparaison de la gouvernance des deux dernières décennies, mais la population demeure sourde à ses propositions, comme si l’heure était à changer pour du pareil.

Jusqu’à maintenant le PQ a choisi la fidélité aux idéaux politiques pendant que la CAQ a opté pour le travestissement de son programme. Est-ce que le premier maintiendra le cap contre vents et marées jusqu’au jour du vote ou se laissera-t-il tenter de faire comme son rival en prenant la couleur du jour dans un sursaut de désespoir? C’est l’avenir qui nous le dira! J’espère toutefois que les stratèges péquistes en ont fini avec la politique du court terme ou du gagner à tout prix et préfèreront souscrire à une vision à long terme autour d’un projet rassembleur et mobilisateur pour le plus grand nombre de Québécois.

La rigueur idéologique ne signifie pas faire preuve d’intransigeance. Elle reflète cependant des qualités d’honnêteté et d’intégrité qui redeviendront éventuellement à la mode.