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Autre entreprise d'ici entre des mains françaises: de moins en moins maîtres chez nous

Jean-Dominque Senard, président exécutif du groupe Michelin, accompagné de Pierre Marcouiller, président exécutif du conseil d'administration de Camso Inc.
MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI Jean-Dominque Senard, président exécutif du groupe Michelin, accompagné de Pierre Marcouiller, président exécutif du conseil d'administration de Camso Inc.

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Après Airbus, qui a mis le grappin sur le contrôle de la C Series de Bombardier, voilà que Michelin, une autre multinationale française, met également la main sur un fleuron québécois, le fabricant de pneus Camso pour 2,2 milliards $ (incluant la dette de 330 millions $).

Cela prouve trois choses :

  • De grands industriels français reconnaissent qu’on a un talent fou au Québec pour créer des produits industriels de calibre mondial ;
  • Des industriels québécois préfèrent céder le contrôle de leurs entreprises et passer au cash au lieu de conquérir le monde ;
  • Il ne faut pas compter sur l’actuel gouvernement ni sur notre Caisse de dépôt et placement pour rester « maîtres chez nous ».

La caisse

Alors que le gouvernement Couillard donnait sa bénédiction à la prise de contrôle de la C Series de Bombardier par Airbus, la Caisse de dépôt et placement, en tant que principal actionnaire de Camso, donnait son feu vert à l’offre d’acquisition de Michelin.

En détenant 36 % des actions de Camso (selon Les Échos), la Caisse va certes réaliser un alléchant profit avec son placement.

Mais quand vous gérez au nom des Québécois un actif de 300 milliards de dollars, est-il plus important de passer au cash en cédant le contrôle d’un fleuron québécois à une société étrangère, ou d’accompagner ledit fleuron dans sa conquête mondiale et grossir davantage ?

La réponse ? Quand les dirigeants de la Caisse se vantent de fournir un « accompagnement actif de nos entreprises qui innovent et se mondialisent » et d’apporter une « contribution vitale et dynamique au développement économique du Québec à travers nos projets structurants », la logique voudrait que la Caisse privilégie la conquête mondiale sous emprise québécoise.

Rona, Les Trains Indiens

J’aimerais rappeler ici que c’est le président et chef de direction de la Caisse, Michael Sabia lui-même, qui avait donné le véritable feu vert à la vente de RONA à la multinationale américaine Lowe’s.

Et autre récent coup bas de la haute direction de la Caisse envers le Québec : pour son fameux REM, la Caisse a privilégié l’achat de wagons indiens au détriment des wagons québécois de Bombardier. Un inacceptable affront aux travailleurs québécois.

Fonds FTQ, Desjardins

Dans ce même dossier de la vente de Camso à Michelin, soulignons également la présence dans le capital-actions de Camso du Fonds de solidarité FTQ (2e actionnaire avec 24 %, selon Les Échos) et de Desjardins Capital régional et coopératif (5 %). Eux aussi passent au cash. Créés pour financer le développement d’entreprises québécoises (et non pour les vendre), ces fonds récoltent leur capital de risque grâce aux crédits d’impôt accordés à leurs investisseurs.

Plus il y aura d’importantes entreprises québécoises qui passeront sous contrôle étranger, moins nous serons maîtres chez nous. Tant que la société étrangère fera de l’argent avec sa « filiale » québécoise, tout baignera dans l’huile.

Le jour où la filiale québécoise deviendra moins rentable, le propriétaire étranger n’en aura rien à foutre des emplois d’ici à sauver. Qu’on se le tienne pour dit !