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Une injustice révoltante

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Neurochirurgien de formation, Philippe Couillard aime rappeler qu’il ouvrait des cerveaux. Dommage qu’il n’ait pas choisi la chirurgie cardiaque. S’il avait ouvert des cœurs, peut-être aurait-il fini par s’en faire greffer un.

Le premier ministre de l’austérité n’a pas l’intelligence émotionnelle facile. L’humanisme, non plus. Cette semaine, deux événements sont venus le rappeler. 1) Un recours collectif contre les CHSLD pour maltraitance des aînés. 2) Le cri à l’aide de parents d’enfants handicapés et déficients intellectuels.

Au nom de 35 000 familles naturelles d’enfants handicapés, ces parents réclament le même soutien financier que l’État accorde aux familles d’accueil. (Les « familles d’accueil », telles qu’on les appelle, sont en fait des ressources intermédiaires (RI) d’hébergement. Les RI sont privées, mais subventionnées par l’État.)

Pour prouver l’injustice grave dont les familles naturelles sont victimes, deux organismes ont commandé une étude à la firme Raymond Chabot Grant Thornton. Les chiffres sont cruels. Le soutien moyen maximal aux familles naturelles est de 25 632 $ par année. Pour les RI, il peut grimper jusqu’à 44 264 $ par résident. Soit 70 % de plus !

Objectif : équité financière

Quant au nouveau supplément annuel pour enfant handicapé de 11 000 $, la vaste majorité des familles naturelles ont vu leur demande refusée par le gouvernement, sous prétexte que leur enfant ne serait pas assez handicapé. Quelle arnaque !

Attention. Les familles vivant avec un enfant ou avec un frère ou une sœur adultes qui sont déficients intellectuels subissent le même sort. En plus de quelques grenailles, elles n’ont droit qu’à l’aide sociale pour la personne handicapée adulte. En vieillissant, les besoins d’une personne déficiente vont pourtant en croissant.

Sans oublier que l’énergie des parents et de la fratrie, eux aussi vieillissants, diminue. Vivant avec ma sœur déficiente, je fais partie des milliers de familles à vivre cette même injustice.

La réponse de Philippe Couillard ? Si les familles naturelles n’ont pas droit au même soutien financier que les RI, lance-t-il, c’est parce que les RI hébergent plusieurs personnes handicapées. Quelle ineptie. Ou le premier ministre ne sait pas compter. Ou il fait semblant de ne pas comprendre la réalité.

Fin de l’omerta

Dans une famille d’accueil ou RI, les subventions sont multipliées par le nombre de résidents. Ex. : pour six résidents, dépendant des besoins de chacun, elle reçoit six fois les subventions. C’est six fois la moyenne maximale de 44 264 $ par personne.

À l’opposé, une famille naturelle offre une meilleure qualité de vie, mais elle le fait avec très peu de soutien de l’État. Que la personne dont elle prend soin soit handicapée lourdement ou qu’elle le soit moins, les besoins restent pourtant complexes et multiples.

Les RI embauchent aussi des préposés. Les familles naturelles n’en ont pas. Les responsables des RI vivent souvent ailleurs. Pour eux, les RI, c’est leur travail rémunéré. En dehors du travail, ils ont leur liberté.

Dans une famille naturelle, on parle de 365 jours/année, 24 heures/jour. Ce sont souvent les femmes (mères ou sœurs adultes) qui en subissent les effets les plus nocifs sur leur santé et leurs finances. Malgré tout ça, le premier ministre reste de glace.

Eh bien, ça ne marche plus. Le temps du silence de ces familles aimantes, mais traitées par le gouvernement comme du vulgaire cheap labour, est révolu. Avis aux partis politiques : nous ne nous tairons plus.