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La liberté, kossa donne?

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À cheval sur une transition entre les générations, les boomers qui quittent le pouvoir et les milléniaux qui le prennent, notre société vit des heures troublantes. Chaque jour semble nous rapprocher d’un nouveau monde où la liberté ne serait plus un trésor, un état parfois difficile à assumer, mais le seul qui offre à l’humain l’espace pour se réaliser, et à la société la condition pour vivre en paix.

L’élection de leaders politiques autoritaires en Europe, que ce soit en Hongrie, en Pologne et en Russie, avec une percée en Allemagne et en Autriche, laisse songeur. Ces peuples n’ont-ils pas assez souffert sous la botte soviétique ? Ont-ils oublié leurs malheurs pourtant récents ?

Jeunesse d’aujourd’hui

Les jeunes occidentaux, à droite comme à gauche, semblent eux aussi attirés par la manière forte. Habitués d’avoir raison et d’obtenir sur le champ ce qu’ils désirent, ils manifestent de l’impatience face aux lenteurs de la démocratie. Consulter, débattre, réfléchir et convaincre prend plus de temps que d’imposer.

À la question « qu’est-ce qui est plus important : la liberté ou l’égalité ? », les jeunes répondent souvent : « l’égalité ». Lénine aurait été fier.

Peut-être sommes-nous fatigués des multiples exigences de la démocratie libérale ? La baisse de participation aux élections commencée il y a quelques décennies était un signe avant-coureur de cette lassitude.

Puisque les chefs politiques déçoivent, on rêve d’hommes forts prêts à torpiller les institutions pour améliorer le sort des êtres, disent-ils, alors que leur but est réellement de garder le pouvoir le plus longtemps possible. Pour dominer et/ou s’enrichir.

Plusieurs experts croient que Vladimir Poutine est l’homme le plus riche au monde, valant au bas mot 200 milliards $, le fruit de la corruption et du vol des actifs d’oligarques qu’il a fait emprisonner. Cela ne diminue en rien sa popularité chez lui.

Xi Jinping, le président chinois, un véritable dictateur, a changé la Constitution pour permettre le mandat à vie au lieu de deux termes de cinq ans. Donald Trump l’a félicité et a exprimé le désir, en blaguant (!) lors d’un souper-bénéfice privé, de pouvoir l’imiter.

Contrairement à Poutine, Xi s’intéresse peu à l’argent – il combat la corruption –, mais veut faire de la Chine la première puissance mondiale.

Mains liées

C’est si facile de « réussir », quand on n’a pas à consulter les électeurs et qu’on peut empoisonner, abattre ou faire exécuter ses ennemis sans procès, comme Rodrigo Duterte, l’homme fort des Philippines, dont l’extrême brutalité de la lutte contre la drogue inspire le président américain.

En général, les gens ne sont pas suicidaires, ils ne rêvent pas de dictateurs sanglants comme Staline ou Mao, mais de despotes éclairés pour simplifier un monde devenu trop complexe et créer l’impression que les choses avancent bien.

En 2017, selon l’Institut d’opinion publique (IFOP), 38 % des Français se disaient prêts à accepter un régime autoritaire, et 55 %, un gouvernement d’experts non élus.

« La liberté appartient à ceux qui l’ont conquise, » disait Malraux. Comme l’ont fait nos ancêtres, avons-nous le courage de gravir ce pic de l’existence ?