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«Les morceaux manquants du puzzle»

Lucie Pagé
Photo courtoisie Lucie Pagé

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Mariée à Jay Naidoo, ministre du cabinet de Nelson Mandela, la journaliste et auteure québécoise Lucie Pagé a eu le sentiment de trouver les morceaux manquants du puzzle en lisant les 255 documents des Lettres de prison de Nelson Mandela, dont elle signe la préface canadienne.

À l’occasion du centenaire de sa naissance, 255 lettres écrites pendant les 27 années de détention de Mandela sont publiées aux Éditions Robert Laffont, offrant un portrait très personnel et intime du premier président élu démocratiquement en Afrique du Sud et prix Nobel de la Paix.

Le livre, fruit de 10 années de travail, présente les lettres provenant de diverses collections et archives. Certaines avaient été censurées au point d’être illisibles ; d’autres avaient été retardées ou jamais envoyées ; et certaines avaient même été passées en fraude dans les affaires des prisonniers libérés.

Une grande énergie

Lucie Pagé et son mari ont partagé de grands moments d’émotion en lisant ce document exceptionnel. Elle se souvient de l’énergie tangible et du charisme qui émanaient de cet homme d’exception. « C’était une énergie naturelle inexplicable, qui était d’une bonté pure, de l’amour pur, la compassion pure, l’être humain pur », dit-elle, rejointe à Johannesburg.

Elle a beaucoup de souvenirs de lui. « Quand il entrait chez nous, la première chose qu’il faisait c’était d’aller voir la domestique qui travaillait avec nous, ou le jardinier. »

Cette attitude l’a beaucoup influencée. « Ça m’a toujours touchée la façon dont Mandela traitait l’être humain, quels que soient l’origine, la race, le sexe, l’orientation sexuelle. »

Jay, son bras droit

Le mari de Lucie Pagé, Jay Naidoo, a été ministre pendant les cinq ans de la présidence de Mandela. « Jay était son bras droit au sein du gouvernement. C’était le premier qu’il appelait, le matin. Mandela se levait vers 3 h, 3 h 30 du matin. Le téléphone sonnait : on savait que c’était lui. Il avait une jasette de 10, 15, 20 minutes avec lui. Il avait une candeur qui était adorable, et c’est ce qui faisait sa grandeur aussi. »

En lisant les lettres de prison, Lucie Pagé a eu le sentiment de trouver les morceaux manquants d’un puzzle. « Quand il a écrit ces lettres, il a écrit à la personne à qui il écrivait, ne sachant pas qu’un jour, à son 100e anniversaire, ces lettres seraient publiées.

J’espère qu’on a demandé la permission à son esprit. Moi, je l’ai fait. Parce que c’est privé. Et c’est justement parce que c’était privé et qu’il ne s’attendait pas à ce que le monde entier le lise – sauf les geôliers et la personne à qui la lettre était destinée –, qu’il n’y a aucun filtre. »

Elle continue, intarissable. « On découvre son âme. On découvre que c’était une bonté pure. Ce n’était pas un masque, une mascarade. Ce n’était pas du théâtre, c’était Mandela. J’ai tellement compris en lisant ces lettres... Quand j’ai refermé le livre, j’ai pleuré. J’ai ri. J’ai passé à travers toutes les émotions. Je me suis assise avec mon mari, on a parlé jusqu’à deux heures du matin. »

Un trésor

« Et Jay, qui était là, le matin du 11 février 1990 à la sortie de prison de Mandela, a dit : “Jene savais pas à quel point il était spirituel, à quel point il avait été torturé d’avoir été éloigné de ses enfants, à quel point il avait été torturé de ne pas vivre l’amour de sa vie avec sa femme” ».

Lucie Pagé ajoute que Mandela s’est battu « pour des choses qu’on ne peut pas quantifier, qu’on ne retrouve pas à la Bourse ni à Wall Street, mais qui sont les plus grands trésors de ce monde ».

  • Lucie Pagé est journaliste et auteure de nombreux livres.
  • Elle a vécu plusieurs années en Afrique du Sud.
  • Le centenaire de la naissance de Nelson Mandela sera célébré le 18 juillet 2018.
Lettres de prison de Nelson Mandela, Préface de Lucie Pagé, Éditions Robert Laffont, 766 pages.
Photo courtoisie
Lettres de prison de Nelson Mandela, Préface de Lucie Pagé, Éditions Robert Laffont, 766 pages.