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Le Québec inc. sans défense

Jean-Dominique Senard, président du Groupe Michelin, et Pierre Marcouiller, président exécutif du conseil d’administration de Camso inc., lors de l’annonce de la vente de l’entreprise québécoise.
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Jean-Dominique Senard, président du Groupe Michelin, et Pierre Marcouiller, président exécutif du conseil d’administration de Camso inc., lors de l’annonce de la vente de l’entreprise québécoise.

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Quand c’en est rendu qu’aucun des quatre partis politiques présents à l’Assemblée nationale n’ose remettre en question la vente de Camso pour 2 milliards $ à la multinationale Michelin, cela démontre à sa face même que le Québec du « Maîtres chez nous » s’est grandement ramolli ces dernières années. Et c’est très inquiétant pour l’avenir économique du Québec.

Commençons par rappeler leurs réactions à la suite de la vente de Camso, une multinationale spécialisée dans la fabrication de chenilles pour motoneiges et engins agricoles ainsi que de pneus et chenilles pour la machinerie de construction.

Pour le premier ministre Philippe Couillard : « C’est très intéressant. Ce n’est pas à nous de dire aux entreprises privées quoi faire », ajoutant que dans une « économie ouverte », on retrouve ce genre de transaction.

Alain Therrien, porte-parole du PQ : « On n’est pas contre la transaction, aucunement. » Il a cependant ajouté qu’on « aimerait ça être rassuré » sur les garanties que la Caisse a demandées et obtenues en donnant son accord à la transaction.

Du côté de la CAQ, le député François Bonnardel trouve que : « Cette transaction semble à première vue profitable. »

Chez Québec solidaire, aucun commentaire n’a été fait de la part de leurs députés. Qui ne dit mot consent, dixit le célèbre proverbe.

À NOTRE CROCHET

Que le propriétaire et actionnaire majoritaire d’une entreprise privée décide de passer au cash en cédant sa société à une entreprise étrangère, grand bien lui fasse, c’est le lot de la libre entreprise.

Mais ce n’est pas le cas de Camso. On parle ici d’un fleuron québécois d’envergure internationale dont l’extraordinaire croissance mondiale a été rendue possible grâce à l’appui financier de nos épargnes. Et ce, par l’entremise de ses trois actionnaires majeurs, soit la Caisse de dépôt et placement du Québec (36 % du capital-actions), le Fonds de solidarité de la FTQ (24 %) et Desjardins Capital régional et coopératif (5 %).

L’entrepreneur derrière Camso et président exécutif du conseil d’administration, Pierre Marcouiller, ne détient que 10 % des actions. On n’a pas à se plier à ses demandes...

Quand 65 % du capital-actions d’une entreprise québécoise, comme c’est le cas avec Camso, est détenu par la Caisse et les deux fonds fiscalisés dont le capital de risque provient des épargnants québécois, quels sont les avantages pour le Québec d’en céder entièrement le contrôle à une multinationale étrangère ?

Avec son chiffre d’affaires de 1,3 milliard de dollars canadiens, et grandement rentable par surcroît, Camso est un leader mondial dans son marché spécialisé.

À mon avis, il aurait été plus avantageux à long terme pour le Québec de conserver le contrôle de Camso et de continuer à l’accompagner financièrement dans sa conquête mondiale. Ou autre possibilité : conclure une entente de partenariat avec Michelin ou un autre grand compétiteur dans ce marché spécialisé de Camso.

L’ARGENT OU L’AVENIR

Manifestement, les deux gros actionnaires de Camso, la Caisse et le Fonds FTQ, ont préféré passer à la caisse au lieu de continuer à financer la conquête mondiale de ce fleuron québécois. Et ils en sont fiers !

Le Fonds FTQ devrait empocher autour de 460 millions $ et la Caisse, près de 690 millions $.

Pourquoi la Caisse, en tant que principal actionnaire de Camso, n’a-t-elle pas publié un communiqué sur cette grosse transaction ? « Camso est une compagnie privée et la Caisse ne publie généralement pas de communiqué lors de la vente d’une entreprise privée en portefeuille », m’a répondu son porte-parole, Yann Langlais-Plante.

C’est inacceptable.

On parle ici de la liquidation d’un fleuron québécois dont la Caisse est le principal actionnaire. Entreprise privée, mon œil !

MOT DE LA FIN

De tous les partis politiques, seul le chef du Parti communiste du Québec, André Parizeau, a dénoncé la vente de Camso à Michelin. Je lui cède le mot de la fin.

« Le Québec inc. d’hier finira-t-il par devenir, avec le temps, comme une sorte de ligue du vieux poêle, composée uniquement de bourgeois se délectant dans leurs propres millions, sans plus aucun intérêt... »