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Le révisionnisme est bien en marche

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Alimenté par les fanatiques des réseaux sociaux et par les « nouvelles » féministes, colporté aux États-Unis comme au Canada par les exaltés des universités et l’Université Concordia en particulier, le révisionnisme culturel se répand comme une tache d’huile.

Plus un monument, plus une rue, plus une œuvre littéraire ou théâtrale, plus un spectacle n’est à l’abri de leurs assauts et de leur vindicte. La comédie musicale The King and I (Le roi et moi), présentée au théâtre Princess of Wales de Toronto jusqu’au 12 août, est leur dernière victime.

The King and I est l’une des œuvres maîtresses du fameux duo Richard Rodgers et Oscar Hammerstein. Rogers a composé la musique d’environ 900 chansons et d’une quarantaine de spectacles musicaux, la plupart sur des paroles ou des livrets de Hammerstein. Ils ont tous les deux vécu à une autre époque, mais les révisionnistes ne s’attardent pas à ce genre de détail.

PLUS DE 2000 REPRÉSENTATIONS

The King and I a ouvert sur Broadway en 1951 et a tenu l’affiche durant plus de deux ans avant de partir pour une tournée d’un an dans la plupart des États américains. Plus d’un million de spectateurs ont vu cette première mouture et au moins un million d’autres ont applaudi les nouvelles productions lancées en 1973, en 1977 et de nouveau en 1985. La plus récente production a ouvert au Lincoln Center de New York il y a trois ans. C’est cette production qu’on présente à Toronto.

Des millions d’amateurs de cinéma se rappellent avec émotion le film The King and I, tourné en 1956 par Walter Lang avec Yul Brynner et Deborah Kerr.

On a aussi fait une adaptation de la comédie musicale en animation et la télévision sud-coréenne en a diffusé une adaptation en 62 épisodes.

UNE ŒUVRE CONDAMNABLE

Jusqu’à ce jour, The King and I n’avait fait sourciller personne, mais voilà qu’à Toronto, on s’interroge maintenant sur sa légitimité. Ce chef-d’œuvre doit être condamné. D’abord, le compositeur, le librettiste et le chorégraphe de la première équipe de création étaient uniformément blancs, alors que l’action se passe au royaume de Siam (aujourd’hui la Thaïlande). Les créateurs se sont donc approprié honteusement une culture étrangère pour faire la piasse.

Quant au scénario, il est tout aussi condamnable. Il est basé sur le roman de Margaret Landon, une Américaine blanche, qui s’inspira pour l’écrire des mémoires d’Anna Leonowens, une autre Blanche. Ses mémoires rappellent en effet les cinq années qu’elle a passées à faire l’éducation des enfants de Mongkut, le roi de Siam. Voilà un autre déplorable exemple de colonisation ! De plus, comme en 1951, aucun Thaïlandais n’a fait partie de l’équipe de création de la nouvelle production. Pour ajouter l’insulte à l’injure, toutes les critiques ont été élogieuses parce qu’elles ont été écrites par des Blancs !

En réalité, le Siam (maintenant la Thaïlande) est le seul pays asiatique à ne pas avoir été colonisé par un pays d’Occident et c’est à la demande expresse du roi Mongkut qu’Anna Leonowens a enseigné à ses enfants. Anna n’était pas blanche, mais métisse, étant née d’une mère indienne et d’un père anglais. De plus, c’était une féministe et une activiste notoire. Incidemment, Anna a terminé ses jours à Montréal et a été inhumée au cimetière Mont-Royal.

Comme on peut le constater, les révisionnistes ne s’embarrassent jamais des faits.