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2018 : été ridicule

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On est seulement le 18 juillet, mais on peut déjà prédire que l’été 2018 sera l’été des plus ridicules controverses culturelles. Vous n’en avez pas marre des justiciers de la culture ? Après avoir eu la peau du spectacle SLĀV, au Québec, ils viennent d’avoir la peau de l’actrice Scarlett Johansson, qui se retire d’un film dans lequel elle devait jouer un homme transgenre.

Selon les Dictateurs de la Police culturelle, seul un vrai transgenre peut incarner un transgenre. Zut. Moi qui pensais justement que le talent d’un acteur, c’était de se mettre dans la peau d’un autre.

SOIS TOI-MÊME

Scarlett Johansson devait jouer le rôle de Dante Gill, une femme propriétaire de salons de massage qui a sévi à Pittsburgh dans les années 70, une proxénète lesbienne qui portait des vêtements d’homme, se faisait appeler Monsieur et avait entamé un changement de sexe. Mais le lobby LGBT a grimpé dans les rideaux, criant à la discrimination, et la jolie Scarlett s’est retirée du projet.

Si cette histoire me fait penser à l’affaire SLĀV, c’est que les justiciers de la rectitude politique ne semblent pas comprendre ce qu’est une œuvre d’art (un film, une pièce ou un tableau). Ils confondent un produit culturel et un programme gouvernemental. Ils confondent une création et un rapport de comité de consultation écrit par des fonctionnaires.

Quand le rappeur Webster a été invité à l’émission Le beau dimanche, il a déclaré : « Il aurait fallu consulter les communautés noires et les impliquer pour en faire un projet social, collectif. Et ça, pour moi, c’est une occasion manquée ».

Heu... Une œuvre d’art n’a pas à être un projet social. Sauf si on vit dans un régime totalitaire où les seules œuvres acceptables sont approuvées par des comités.

Je ne sais pas vous, mais moi, quand je vois une minorité de gens, des militants acharnés dicter leur agenda à des créateurs, je trouve ça inquiétant. Si Scarlett Johansson avait envie, comme comédienne, de nous faire croire en son personnage d’homme transgenre, pourquoi ne pas la laisser faire et la juger... sur sa performance ?

Toute l’histoire de l’art est basée sur l’idée de faire semblant. Pensez-vous que c’était réaliste quand Cate Blanchett jouait Bob Dylan dans le film I’m not there ? Peut-on juste laisser les créateurs créer ?

LAISSEZ PICASSO TRANQUILLE !

Parlant de militants de la rectitude politique, au musée des Beaux-arts de Montréal, on présente à compter d’aujourd’hui une « mosaïque participative » et des discussions animées, pour offrir « un point de vue féminin sur Picasso ». C’est organisé avec The Woman Power, un regroupement qui « valorise une représentation positive du genre féminin dans l’espace culturel et public ».

Excusez-moi les amies, mais si je veux un point de vue éclairant sur le plus grand génie de la peinture, je vais me tourner vers des spécialistes de l’histoire de l’art plutôt que vers des militants sociaux. Devinez comment s’appellera la mosaïque ? Les vraies Demoiselles d’Avignon ! Encore un cas où des militants veulent réécrire l’histoire avec des valeurs de 2018.

Dans le communiqué, on peut lire : « En complément de l’installation Les vraies Demoiselles d’Avignon, The Woman Power invite le public du Musée à découvrir les ateliers-discussions mensuels SISTERHOOD ».

Est-ce que quelqu’un peut dire au MBA qu’au Québec, ça se passe en français ?