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Ottawa doit s’excuser pour la « rafle des bébés », dit le Sénat

Quelque 600 000 enfants « illégitimes » arrachés à leur mère de 1945 à 1971

Valerie Andrews, DG d’Origins Canada, s’est fait retirer son enfant en 1969.
Photo Agence QMI, Maxime Huard Valerie Andrews, DG d’Origins Canada, s’est fait retirer son enfant en 1969.

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OTTAWA | Le gouvernement fédéral doit s’excuser pour son rôle dans les adoptions forcées de centaines de milliers d’enfants au Canada après la Deuxième Guerre mondiale, réclame un rapport sénatorial déposé jeudi.

De 1945 à 1971, environ 600 000 enfants au pays ont été arrachés des bras de leur mère simplement parce qu’elle était célibataire. Ces bébés, enregistrés comme « naissances illégitimes », étaient ensuite placés en adoption dans des familles « traditionnelles ».

Selon le rapport intitulé Honte à nous, le gouvernement canadien a financé des foyers de maternité où les mères célibataires allaient accoucher en secret. Jusqu’à 95 % des femmes hébergées dans ces foyers devaient abandonner leur enfant, note le document.

« Début d’une possible guérison »

Des excuses du Canada pour la « rafle des bébés » représenteraient le « début d’une possible guérison » pour les victimes, a soutenu en conférence de presse la sénatrice Chantal Petitclerc, lors de la présentation du rapport du comité des affaires sociales.

Jusqu’à 400 000 mères pourraient s’être fait retirer un enfant, mais en raison du secret qui entourait la pratique et de la difficulté d’accéder aux archives, il est presque impossible d’établir un nombre précis de victimes.

« Nous espérons que des excuses nationales [...] permettront de faire savoir à nos enfants qu’ils étaient aimés et désirés, et qu’ils n’ont pas été abandonnés volontairement », a ajouté Valerie Andrews, directrice générale de l’organisme Origins Canada.

Survivante de la « rafle des bébés », Mme Andrews s’est fait retirer son enfant en 1969. Quand elle a revu son fils, il était âgé de 31 ans.

Les mères ont laissé aller leurs enfants sous les menaces, l’intimidation et la contrainte physique, a-t-elle confié, parlant de pratiques « brutales et inhumaines ».

Elle s’est dite déçue que plusieurs institutions religieuses, dont les Églises catholique et anglicane, n’aient pas participé en mars aux audiences du comité, bien qu’elles aient géré plus d’une soixantaine de foyers.

Autres recommandations

Le rapport du comité demande également des services de soutien psychologique pour les victimes, ainsi que la mise en place d’une politique commune au pays, à travers les provinces et les territoires, pour faciliter l’accès aux dossiers d’adoption.

Aucune compensation financière n’est demandée dans le rapport pour les dommages subis par les familles, une revendication qui n’était pas prioritaire pour les témoins entendus en comité, d’après la sénatrice Petitclerc.

Reconnaissant que la rafle des bébés a laissé « un héritage d’amertume et de souffrance », le gouvernement compte prendre le temps d’étudier le rapport avant d’y répondre, a fait savoir Michael Brewster, porte-parole du ministre de la Famille, Jean-Yves Duclos.

En mars 2013, le gouvernement australien a présenté des excuses officielles aux victimes de pratiques d’adoption similaires durant la période d’après-guerre.