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Un haut gradé de la SQ et son célèbre père menacés

Les policiers soupçonnent les motards dans leur enquête sur ces menaces de mort

L’inspecteur Guy Lapointe
Photo d'archives L’inspecteur Guy Lapointe

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Un haut gradé de la Sûreté du Québec et son père, l’ancien défenseur étoile du Canadien Guy Lapointe, ont été la cible de menaces de mort que les policiers croient provenir des Hells Angels ou de leurs sympathisants, jeudi.

Le Journal a appris que la SQ est sur le pied de guerre depuis jeudi avant-midi, à la suite de la réception d’une lettre de « menaces de mort sans équivoque » contre son directeur des communications, l’inspecteur Guy Lapointe.

En plus de ce dernier, le message acheminé au quartier général de la SQ visait « clairement » son célèbre père du même nom, selon nos sources.

« Une enquête est en cours. Il est clair que ces menaces sont prises au sérieux », a confirmé la sergente Ann Mathieu. Elle a ajouté, sans préciser sa pensée, que « des mesures appropriées ont été prises » afin d’assurer la sécurité des deux victimes.

Porte-parole ciblé

À la SQ, on est convaincu que l’inspecteur Lapointe a été ciblé parce que c’est lui qui parle au nom du corps policier dans les médias lorsqu’il est question d’opérations contre les motards.

« On voit que les motards sont vraiment tannés de la pression policière exercée sur eux. Ils en parlent entre eux sur les réseaux sociaux. Et là, ils veulent s’en prendre à la police », nous a mentionné une source au fait du dossier.

Le 24 avril, les policiers ont arrêté plusieurs Hells Angels dans une opération antidrogue.
Photo d'archives
Le 24 avril, les policiers ont arrêté plusieurs Hells Angels dans une opération antidrogue.

Mais pourquoi avoir aussi menacé son père, un immortel du Canadien adulé par les amateurs de hockey du Québec et dont le numéro 5 flotte au plafond du Centre Bell après avoir été retiré en 2014 ?

Les enquêteurs croient plausible que les motards aient voulu utiliser la notoriété de Guy Lapointe père pour ajouter du poids aux menaces et tenter de se montrer plus intimidants.

« Support 81 »

Ces menaces proviendraient des motards ou de sympathisants en raison de références évidentes aux Hells Angels dans le message, nous a-t-on dit.

La Sûreté du Québec ne veut pas dévoiler le contenu exact de la lettre pour ne pas nuire à son enquête.

On sait toutefois que ses auteurs y ont mis en évidence le chiffre « 81 » – le 8 correspond à la 8e lettre de l’alphabet, le H, tandis que le 1 représente la première, soit le A, pour Hells Angels.

Le tag « Support 81 » apparaît notamment sur les vêtements promotionnels que ce gang de motards vend au grand public.

« Je vais continuer »

Joint par Le Journal hier, l’inspecteur Lapointe n’a pas voulu commenter l’affaire. Mais il a tenu à dire ceci : « Je n’ai pas l’intention de me laisser intimider et je vais continuer à faire mon travail. »

L’ex-vedette du Canadien, Guy Lapointe, qui a joué 14 saisons à Montréal, a vu son chandail no 5 retiré au Centre Bell, le 8 novembre 2014.
Photo d'archives
L’ex-vedette du Canadien, Guy Lapointe, qui a joué 14 saisons à Montréal, a vu son chandail no 5 retiré au Centre Bell, le 8 novembre 2014.

Membre du Temple de la renommée du hockey depuis 1993, Guy Lapointe père, qui est âgé de 70 ans et travaille comme recruteur pour le Wild du Minnesota, s’est refusé à tout commentaire.

La pression sur les Hells va monter d’un cran

Les forces policières vont accentuer la pression sur les Hells Angels et leurs acolytes au cours des prochaines semaines, pour répliquer à leurs « tactiques du temps de “Mom” Boucher ».

C’est du moins le mot d’ordre qui a été lancé par l’état-major de la Sûreté du Québec à l’ensemble de ses 5700 policiers en guise de réponse aux menaces visant l’inspecteur Guy Lapointe et son père, l’ex-hockeyeur étoile du même nom.

« La game vient de changer. S’ils pensaient qu’on leur avait mis beaucoup de pression ces derniers mois, ils n’ont rien vu », a dit au Journal un officier de la SQ bien au courant du branle-bas de combat que cette lettre de menaces a provoqué au sein du corps policier depuis jeudi.

Pourchassés partout

Les policiers, qui tiennent leur bout depuis que les Hells sont revenus en force après avoir profité des ratés judiciaires de l’opération SharQc, entendent démontrer qu’ils ne se laisseront pas intimider.

D’après nos sources, les quelque 80 membres en règle des Hells et les 200 membres de leurs clubs sympathisants dans la province peuvent s’attendre à se faire « coller » et intercepter « partout au Québec » par les patrouilleurs, et ce, chaque fois qu’ils enfourcheront leur moto.

De plus, on promet de leur envoyer des troupes « dans leur face » sur les lieux de chacun de leurs rassemblements au Québec, incluant leur « Canada Run » qui devrait attirer plus de 700 motards de tout le pays dans la région de Saint-Hyacinthe, dans trois semaines.

Visites chez les Hells

Depuis jeudi, des Hells Angels des cinq chapitres québécois de la bande – à Montréal, sur la Rive-Sud [South], à Québec, Trois-Rivières et Sherbrooke – ont aussi reçu la visite de l’Escouade nationale de répression contre le crime organisé.

Les motards ont été avisés par les policiers de cette escouade notamment formée de membres de la SQ, du SPVM, de la GRC et de la police de Québec qu’une enquête était ouverte pour trouver le ou les auteurs de ces menaces.

Au moins un vétéran des Hells aurait réagi en se surprenant du retour des « vieilles tactiques d’intimidation de [Maurice] “Mom” Boucher » remontant à la sanglante guerre des motards qui a fait 165 morts au Québec, entre 1994 et 2002.

Certains motards auraient plaidé que « la dernière chose » dont ils ont besoin, c’est de se faire « achaler » encore plus qu’avant par la police.