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Une fillette et une femme tuées dans la fusillade à Toronto

La violence liée aux armes à feu explose depuis le début de l’année dans la Ville Reine

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Une fillette de 10 ans et une femme de 18 ans ont été identifiées comme les victimes de la fusillade qui a éclaté dimanche à Toronto, où la violence liée aux armes à feu explose depuis le début de l’année.

Le bilan des blessés a aussi grimpé à 13 personnes lundi, certaines d’entre elles étant encore dans un état grave.

La victime de 18 ans a été identifiée par les médias locaux comme étant Reese Fallon. La jeune fille prévoyait poursuivre ses études en soins infirmiers, avant de tomber sous les balles du tireur, selon ce que rapporte Global News.

Reese Fallon<br>
<i>Victime</i>
Photo Facebook
Reese Fallon
Victime

Faisal Hussain, âgé de 29 ans, a ouvert le feu au hasard sur des piétons déambulant sur l’avenue Danforth, une rue achalandée du quartier grec de Toronto. Il a été retrouvé sans vie dans une ruelle quelques instants après avoir échangé des tirs avec la police, selon ce qu’ont rapporté les autorités. Sa famille a mentionné dans une déclaration que le tireur souffrait de graves problèmes mentaux.

D’après un ami de Faisal Hussain avec qui CBC s’est entretenue, l’homme était discret et sans prétention. Il n’aurait jamais donné l’impression de pouvoir être violent. Ce proche qui le connaît depuis une vingtaine d’années ne savait pas comment il s’était procuré une arme à feu ni où il avait appris à tirer.

À la lumière des propos de la famille Hussain sur les problèmes psychologiques allégués du tireur, le maire de Toronto, John Tory a demandé aux citoyens d’être « compréhensifs », lundi soir lors d’une vigile.

Gangs criminels

Cette fusillade, dont les motifs n’ont toujours pas été expliqués par les autorités, vient contribuer à l’escalade de violence liée aux armes à feu observée depuis le début de l’année dans la Ville Reine. On y dénombre 228 fusillades jusqu’à maintenant tandis qu’il y en avait eu 205 au total l’an dernier.

Cette augmentation de la violence a jusqu’à présent été attribuée aux affrontements entre gangs criminels.

« Il y a une augmentation de l’utilisation des armes à feu parmi les membres de gangs qui est devenue bien plus ouverte et éhontée et bien plus insouciante que ce que nous avons vu dans le passé », mentionne Mark Mendelson, ancien enquêteur à la police de Toronto, avec qui Le Journal s’est entretenu.

Le maire de Toronto, John Tory, a promis de saisir les autorités fédérales et provinciales afin « de discuter le plus rapidement possible des problèmes de sécurité publique ».

« Cette ville a un problème d’armes et les armes sont trop facilement disponibles pour trop de personnes », a déploré M. Tory en point de presse.

Plus de fusillades

D’ailleurs, une augmentation de la violence par armes à feu est observée dans les grandes villes canadiennes un peu partout au pays, soutient Francis Langlois, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand de l’Observatoire des États-Unis (UQAM).

« Cette hausse est plus forte à Régina ou à Edmonton qu’à Montréal par exemple, mais de façon générale, il y a plus d’homicides par armes à feu qui se font au Canada, Toronto n’y échappe pas », mentionne M. Langlois.

Montréal est épargnée

Montréal semble encore épargnée de cette montée de la violence par armes à feu observée dans plusieurs villes du pays. Un répit qui s’explique entre autres par de meilleures politiques sociales, selon un expert.

Depuis janvier, 8 personnes ont été tuées par fusillade dans la métropole québécoise contre 29 à Toronto.

Cette disparité peut notamment s’expliquer par le fait que la province offre un meilleur tissu social, estime Irvin Waller, criminologue à l’Université d’Ottawa.

« Au Québec, il y a des politiques sociales comme le service de garde universel qui réduit les facteurs de risque à long terme de même que les centres jeunesse qui sensibilisent aussi plus les jeunes, c’est en partie pourquoi Montréal fait mieux [que d’autres grandes villes] », estime le spécialiste en prévention des crimes.

Marché légal

Les armes utilisées dans des fusillades au pays viennent de plus en plus du marché canadien légal avant de se retrouver dans un contexte criminel, mentionne Francis Langlois, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand de l’Observatoire des États-Unis (UQAM).

« Au début des années 2000, la vaste majorité des armes à feu retrouvées sur des scènes de crime provenait des États-Unis, mais depuis quelques années, ça tend à diminuer au profit des armes canadiennes », explique M. Langlois.

Armes militaires

En Colombie-Britannique par exemple, plus de 60 % des armes saisies proviennent de l’intérieur du Canada, illustre l’expert.

« Ce sont donc des armes qui ont été acquises légalement, mais qui sont utilisées par des gens à des fins criminelles, comme à la mosquée de Québec, ou encore des armes perdues, volées, vendues ou données à des gens qui ont été peu scrupuleux dans leur utilisation », précise-t-il.

Depuis 2010, il y a aussi une augmentation du nombre d’armes à utilisation restreinte au Canada, qui sont essentiellement des pistolets, ajoute M. Langlois.

« L’industrie de l’arme à feu a modifié son offre. Le marché a été militarisé en offrant des produits comme des pistolets ou des versions civiles des fusils d’assaut militaire, c’est là qu’il y a de la croissance dans le marché de l’arme à feu. Ce sont des armes plus efficaces que des carabines de chasse, on peut donc mettre 10 balles au lieu de 3 ou 4 par exemple », insiste-t-il.

- Avec la collaboration de Christopher Nardi