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Un Arsène Lupin noir?

Omar Sy
Photo d'archives, Agence QMI Omar Sy

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« Bon, ça y est ! Aux États-Unis, ils vont produire un remake de la série-culte Buffy contre les vampires avec une comédienne noire dans le rôle principal, et en France, Netflix va produire une série sur Arsène Lupin avec Omar Sy, qui est noir. C’est la nouvelle mode !

— Oui, et alors ?

— Alors, Arsène Lupin est blanc, pas noir ! Même chose pour James Bond et Superman !

— Désolé de péter ta baloune, cher ami, mais ce sont des personnages de fiction. Superman n’a jamais existé. On peut le réinterpréter comme on veut ! Il y a déjà eu un film sur Dracula avec un Noir dans le rôle principal (Blackula) et personne n’a capoté ! Ce n’est pas comme si on prenait un Noir pour jouer Abraham Lincoln, Sigmund Freud ou Jacques Cartier...

— Donc, si je suis ton raisonnement, on pourrait refaire Les Belles Histoires des pays d’en haut avec Normand Brathwaite dans le rôle de Séraphin et Linda Malo dans celui de Donalda ? Ou tourner la trilogie de Pagnol avec Anthony Kavanagh dans le rôle de Marius ?

— Attends une minute, là, ce n’est pas du tout la même chose ! On parle ici d’œuvres marquantes de la littérature de terroir, qui se déroulaient dans un contexte historique bien précis. Manon des sources, ce n’est pas Wonder Woman ! Cela dit, si un artiste veut transplanter l’histoire imaginée par Claude-Henri Grignon en Caroline du Sud dans les années 1930, bof, pourquoi pas ? On a déjà monté des pièces de Shakespeare punk !

— Donc, on pourrait avoir un James Bond gai ou transgenre ? Qui est membre en règle des AA et qui ne boit plus de martini ?

— Pourquoi pas ? Personnellement, je l’avoue, ça m’agacerait, car j’ai grandi avec une certaine idée de James Bond, mais, bon, on a bien le droit de jouer avec les codes. La création est une activité ludique, on a le droit de s’amuser ! De toute façon, si les gens n’acceptent pas cette proposition, le film se plantera, et on reviendra au concept original.

— On pourrait tourner un film montrant Batman qui couche avec Robin ?

— Pourquoi pas ? Ça serait drôle... De toute façon, j’ai toujours pensé que ces deux-là étaient gais, alors...

— Et qu’est-ce que les Noirs diraient si on blanchissait certains de leurs personnages mythiques ?

— Tu parles de quels personnages ?

— Euh, j’sais pas, moi... Des personnages noirs... Populaires... Qui ont marqué l’imaginaire, qui sont devenus culte...

— Comme... ?

— ...

— Ben, c’est ça. À part Shaft, Coffy ou Superfly (des héros de films de blaxploitation des années 1970), il n’y en a pas beaucoup.

— On pourrait donc avoir un Shaft blanc ?

— Tout à fait. Comme on dit, si c’est bon pour minou, c’est bon pour pitou.

— Pas sûr que la Ligue des Noirs et les manifestants anti-SLAV apprécieraient...

— Ça, c’est leur problème. Tu ne peux pas jouer avec la culture des autres et protéger la tienne. La culture n’appartient à personne, encore moins à des groupes de pression... »