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L’été indien de Robert Lepage

L’été indien de Robert Lepage
Photo d'archives, PIerre-Paul Poulin

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Si j’étais Robert Lepage, je ferais mon prochain spectacle sur des chats. C’est mignon des chats. Tout le monde aime les chats. Les gens adorent les vidéos de chats sur internet.

Et en faisant un spectacle plate et consensuel sur un sujet insignifiant qui ne fait pas de vagues, Lepage s’assurerait de ne recevoir que des félicitations. Parce qu’après SLĀV, Lepage mange la claque avec son futur spectacle Kanata. Pauvre Robert Lepage, 2018 sera vraiment son annus horribilis...

UNE DEUXIÈME CONTROVERSE

Comme s’il n’avait pas eu assez de trouble avec l’affaire SLĀV, voilà que Lepage reçoit des tomates à cause d’une autre production, Kanata, qui ne prendra l’affiche qu’en décembre, à Paris, en collaboration avec le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine.

Cette fois-ci, ce sont les autochtones qui s’offusquent qu’il n’ait pas engagé de « vrais » autochtones et qu’il n’ait pas consulté des autochtones pour s’assurer que son œuvre respecte leurs traditions ancestrales.

Jeudi dernier, Lepage et Mnouchkine ont eu une rencontre avec 35 représentants de communautés autochtones. Je dirais bien que c’était un pow wow, mais je me ferais accuser d’insulter les autochtones, alors disons seulement que ça a brassé.

Certains ont reproché à Lepage d’utiliser des... tambours dans son spectacle. Alexandra Lorange, qui est Atikamekw, a expliqué au Devoir : « Il ne comprend pas le processus d’apprentissage du tambour. C’est de l’ordre du sacré. Lui, il sort du spirituel et en fait quelque chose de différent. Ce n’est peut-être pas un manque de respect, mais de l’ignorance. »

Excusez-moi, mais quand on en est rendu à reprocher à un homme de théâtre d’utiliser un instrument de musique qui n’est pas issu de sa propre culture dans un spectacle, c’est qu’on cherche vraiment à mettre des bâtons dans les roues des créateurs.

À Gravel le matin, un autre représentant autochtone déclarait : « Notre théâtre n’est pas de tradition européenne. On a des codes différents, un message différent et des façons de faire qui touchent à la mythologie, avec de la danse et du chamanisme. On a manqué une occasion de montrer vraiment l’art autochtone... Ça aurait fait une belle alliance sur scène. »

Autrement dit, on reproche à Robert Lepage, qui est Blanc, de faire un spectacle de Blanc. Mais qu’est-ce qui empêche les metteurs en scène autochtones de monter leurs propres spectacles avec des acteurs autochtones, et d’aller les présenter à Paris ?

Dans une lettre personnelle publiée sur Facebook, le dramaturge autochtone Kevin Loring a dénoncé la pièce Kanata : « Dans ce qui revient à l’équivalent d’un Red Face, vous banalisez notre existence et perpétuez un génocide culturel. »

Il me semble que si tu cries au génocide à cause d’une pièce de théâtre que tu n’as même pas vue et qui n’est même pas encore complétée, tu viens de perdre un peu de ta crédibilité.

MARCHER SUR DES OEUFS

Sophie Faucher a présenté pendant des années un spectacle hommage à Frida Khalo. Aurait-il fallu exiger que ce soit une « vraie » Mexicaine qui joue le rôle de la fabuleuse peintre mexicaine ?

Ce qui se passe cet été m’inquiète. Regardez bien la culture au Québec au cours des prochaines années. Nos créateurs vont être frileux, prudents. Quelque chose me dit qu’on va avoir beaucoup de spectacles sur les chats...