/entertainment/opinion/columnists
Navigation

Oui, nous sommes devenus fous!

Betty Bonifassi
Photo courtoisie, Télé-Québec Betty Bonifassi, conceptrice de SLĀV

Coup d'oeil sur cet article

Quand le Festival international de jazz de Montréal a annulé le spectacle SLĀV, Betty Bonifassi, sa conceptrice, s’est exclamée : « Sommes-nous devenus fous ? » Elle ne pouvait mieux dire. Oui, nous sommes devenus fous !

Encore une fois, la preuve de cette folie collective nous vient de Toronto. Après la crise d’hystérie des exaltés de la diversité et de l’appropriation culturelle au sujet de la comédie musicale de Rogers et Hammerstein, The King and I, présentée actuellement à Toronto, c’est au tour des obsédés de l’épuration des arts de monter au créneau.

Leur dernière cible est une exposition de photos du célèbre photographe indien Raghubir Singh, décédé il y a 20 ans. Sous le titre Modernism on the Ganges (Le modernisme sur le Gange), l’exposition a d’abord été présentée au musée Breuer de New York, filiale du Metropolitan Museum of Art. Dès lors, une féministe et activiste de Brooklyn, Jaishri Abichandani, a accusé le photographe d’avoir abusé d’elle.

UNE MISE EN GARDE...

N’arrivant pas à se faire un nom dans le monde artistique et certaine qu’un tel voyage lui ouvrirait des portes, elle accepta l’offre que lui faisait Singh de lui servir gratuitement d’assistante lors d’un voyage de photographie en Inde en 1995. Elle allègue maintenant que durant le voyage l’homme se montra si insistant qu’elle finit par avoir avec lui des relations sexuelles. Elle avait tout de même 26 ans !

L’expo a d’abord été présentée à Houston sans aucun problème. Lors de sa présentation à New York, Jaishri Abichandani en a profité pour lancer son accusation. Le Musée royal d’Ontario a voulu annuler la présentation de l’expo, mais comme il était déjà engagé par contrat, il a plutôt décidé de la faire précéder d’une mise en garde intitulée #MeToo and the Arts. La mise en garde nous apprend la mésaventure de Jaishri Abichandani et présente une dissertation moralisatrice sur le voyeurisme dans les arts et sur le harcèlement sexuel chez les artistes.

UN DÉBAT PUBLIC

Pour s’excuser davantage de n’avoir pas annulé l’exposition, le musée ontarien présentera le 9 octobre un débat public sur le machisme des grands photographes et leur habitude condamnable de photographier les gens dans la rue sans d’abord obtenir leur autorisation. Ce type d’instantané a pourtant fait de la photo « l’art de l’instant » et rendu célèbre le photographe Henri Cartier-Bresson.

Pendant que se répand la stérilisante épidémie de l’appropriation culturelle, nos gardes rouges de la morale ont entrepris l’épuration des arts. En Angleterre, le musée de Manchester vient de décrocher un tableau du 19e siècle parce qu’il montrait des divinités féminines qui étaient nues. Quitte à vider les musées, on décrochera sans doute tous les nus peints depuis des siècles. Heureusement qu’au 16e siècle, le bon Paul IV a pris les devants et fait rhabiller les 400 personnages de la chapelle Sixtine. C’est un souci de moins pour le pape François, déjà bien embêté avec la pédophilie de ses subalternes.

Les nouveaux gardiens de la morale publique scrutent aussi la vie douteuse de Pablo Picasso, le séjour scandaleux de Paul Gauguin à Tahiti, les rapports machistes d’Auguste Rodin avec Camille Claudel, les mœurs libertines d’Andy Warhol et de dizaines d’autres grands noms des arts.

Si vous voulez un conseil, dépêchez-vous d’aller voir leurs œuvres dans les musées avant qu’elles ne soient jetées au bûcher comme des montagnes de livres sous le 3e Reich.