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Je suis «censurophobe»

Debby Ryan dans la série Insatiable.
Photo courtoisie, Netflix Debby Ryan dans la série Insatiable.

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Décidément, c’est la nouvelle mode. S’insurger, s’offusquer, s’indigner, s’époumoner, face à des œuvres qu’on n’a même pas VUES !

Des militants offensés à temps plein grimpent dans les rideaux à cause d’une pièce, d’un film, d’une série AVANT même de l’avoir vue. Et leurs amis signent la pétition, descendent dans la rue, retweetent le hashtag et font la danse du bacon sans savoir exactement de quoi il s’agit.

Après les dégustations à l’aveugle, voici venu le temps des manifestations à l’aveugle.

JUGER AVANT DE SAVOIR

Après SLĀV et Kanata, la plus récente controverse de l’été concerne une série de Netflix qui ne prendra l’affiche... que le 10 août.

Il y a déjà 122 000 personnes (dont la comédienne québécoise Debbie-Lynch White) qui ont signé une pétition pour annuler la série Insatiable, considérée « grossophobe », et ce, uniquement sur la base d’une bande-annonce !

Insatiable raconte l’histoire de Patty, une lycéenne victime d’intimidation parce qu’elle est boulotte. Après avoir perdu du poids par accident, elle prend sa revanche sur tous ceux qui l’ont humiliée.

Personnellement, après avoir vu la bande-annonce, le message me semble bien plus être : « Vous devriez avoir honte d’intimider les personnes en surpoids » que « Vous devriez avoir honte d’être en surpoids ». Mais les militants de la « grossophobie » ne sont pas capables­­­ de ce genre de nuance.

Ils ne comprennent pas non plus que dans « la vraie vie », les gars vont être plus attirés par une fille mince que par une femme obèse. C’est plate, mais si la série racontait l’histoire d’une fille qui devient soudainement populaire après avoir pris 60 livres, ce ne serait pas crédible.

Le texte de la pétition pour le retrait de la série de Netflix est complètement délirant. On a l’impression qu’Insatiable est l’œuvre de Satan et qu’il faut l’asperger d’eau bénite sinon ce sera l’Apocalypse. L’auteure de la pétition affirme que la diffusion de la série, qui « perpétue la toxicité de la culture des régimes » aura des conséquences « graves, insidieuses et sinistres pour les adolescentes ».

« Cette série va causer des troubles alimentaires. La bande-annonce a déjà traumatisé des gens qui souffrent de troubles alimentaires. Il faut arrêter ça et se protéger de futurs dommages. »

Youhou, les amis, vous ne savez pas ce qu’il y a dans les douze épisodes de cette série, vous n’avez vu que les 112 secondes de la bande-annonce ! Ça ne vous tenterait pas de respirer par le nez ?

CENSURER LA BOLDUC ?

Dans son texte appelant ses fans à signer la pétition, Debbie Lynch-White écrit :

« Prends donc un petit deux secondes pour signer et essayer de faire en sorte qu’on arrête de faire des séries qui encouragent le fait qu’être mince est la seule quête d’une jeune fille et sa seule issue pour être acceptée et heureuse. »

Personnellement, voir une artiste qui appelle à la censure d’une œuvre, ça me chicote. Mais ça me trouble encore plus qu’on le fasse avant même d’avoir vu l’œuvre en question.

Comment Debbie Lynch-White aurait-elle aimé que des critiques descendent en flammes le film La Bolduc un mois avant le visionnement de presse ou demandent son annulation en se basant uniquement sur la bande-annonce ?