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Le grand mensonge (2)

Le grand mensonge (2)
Photo Jean-François Desgagnés

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Permettez-moi de revenir sur un autre volet d’un sujet déjà abordé dans une chronique antérieure.

Le Québec, nous répète-t-on inlassablement, vivrait une gravissime pénurie de main-d’œuvre qui justifierait d’accueillir toujours plus d’immigrants.

C’est une fausseté qui dissimule des calculs économiques et politiques.

Avantages

J’ai déjà expliqué qu’il est mensonger de faire croire à une pénurie généralisée, alors qu’elle est localisée.

Il y a pénurie pour quelques types d’emplois très spécialisés et, à l’autre bout, pour des emplois que les Québécois ne veulent plus faire, comme cueillir des fruits.

Il est également mensonger de faire croire que l’immigration serait LA solution par excellence.

Il y aura infiniment plus de jeunes Québécois qui entreront sur le marché du travail dans les prochaines années que d’immigrants.

Ce qu’on ne souligne pas assez est que la pénurie de main-d’œuvre est parfois une bonne chose.

Oui, monsieur. On ne l’entend pas souvent, n’est-ce pas ?

On le sait, les salaires stagnent depuis longtemps, sauf pour les riches.

Imaginez une situation où beaucoup de travailleurs se disputent peu d’emplois.

Les salaires stagneront parce que le patron sait qu’il y a des gars faisant la file à l’extérieur prêts à travailler pour moins que le gars devant lui.

Imaginez maintenant la situation inverse : ce sont les entreprises qui se disputent les travailleurs disponibles.

Que feront-elles pour attirer le travailleur au lieu de le laisser filer chez le concurrent ?

Bien oui, elles offriront de meilleurs salaires.

La loi de l’offre et de la demande joue autant pour les emplois que pour les marchandises.

Et il y a d’autres avantages.

Si une entreprise manque de main-d’œuvre, elle sera plus portée à introduire de nouvelles technologies.

Un article récent dans The Economist (14 juillet) expliquait que Dunkin’ Donuts, aux prises avec des problèmes de rétention, a demandé à d’ex-employés quels aspects de leur travail ils avaient détestés.

L’entreprise s’est basée sur leurs réponses pour automatiser le contrôle de la qualité et la fabrication des étiquettes.

C’est la productivité globale, un vrai problème depuis longtemps, qui y gagne.

Une entreprise qui cherche désespérément des travailleurs sera aussi plus portée à donner une chance à des catégories négligées : aînés, handicapés, décrocheurs.

Barrières

Je vais vous confier un petit secret.

Les pénuries qu’on n’examine pas assez sont celles créées par des barrières réglementaires conçues afin de raréfier délibérément l’offre de travail et garder les salaires artificiellement élevés.

Le domaine de la santé abonde en tâches simples qui ne peuvent être légalement faites que par des gens certifiés.

Ils le justifieront au nom de notre protection.

Nous sommes conditionnés à penser que ce qui est bon pour l’entreprise privée est forcément bon pour toute la société.

C’est parfois vrai, mais pas toujours.