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Lisée, l’outsider

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Comme plusieurs, je constate que le Parti québécois se présentera aux prochaines élections avec un sérieux handicap. Si la population veut effectivement se débarrasser des libéraux, elle a décidé que c’est en misant sur la CAQ qu’elle y parviendrait. Qui votera pour le PQ, dans les circonstances ?

Globalement, les souverainistes convaincus et les sociaux-démocrates réalistes.

Surprise

La situation doit être insoutenable pour Jean-François Lisée, qui devient responsable devant l’histoire de la survie du PQ, sans compter que les sondages le présentent comme le mal-aimé de la politique québécoise.

Il se pourrait, pourtant, que Lisée soit la meilleure carte de son parti dans cette campagne. On l’a dit, pour l’instant, la population ne «l’aime » pas. Mais la plupart des observateurs de la vie politique le savent : entre l’image publique de Lisée et l’homme Lisée, il y a une distance incroyable. Contrairement à ce que veut la légende urbaine, l’homme n’a rien de hautain ou de méprisant. On ne trouve pas chez lui l’exceptionnelle condescendance de Philippe Couillard, et il a manifestement la parole plus facile que François Legault.

Jugé battu d’avance, il aura le privilège de pouvoir surprendre. Ce sera lui, l’outsider. On l’a vu lors de la course à la chefferie du PQ : il sait faire bon usage de cette position.

Tout peut arriver dans une campagne électorale.

Les débats donneront à Lisée l’occasion de se faire valoir. Mais pour cela, il devra éviter de tomber dans le piège du discours consensuel sur le charme infini des voitures électriques ou les vertus de la parité dans le milieu de la télévision.

S’il veut éviter d’être laissé de côté, il devra s’emparer des thèmes interdits, en acceptant de heurter ses amis progressistes qui, normalement, jouent le rôle de gardiens du politiquement correct et transforment les nationalistes en petits nonos peureux.

Imaginons que Lisée décide de transgresser sur les questions qui choquent. Qu’il dénonce la crise migratoire à la frontière et critique l’immigration massive. Qu’il accuse le gouvernement libéral d’avoir laissé Montréal s’angliciser dramatiquement. Qu’il se porte à la défense de la liberté d’expression menacée par les groupuscules fanatiques, comme on l’a vu avec SLAV. Qu’il dénonce le gouvernement des juges qui étouffe la démocratie et empêche le Québec de faire le choix de la laïcité.

On pourrait continuer longtemps cette liste. Chose certaine, le débat deviendrait un moment décisif.

Lisée aime faire le malin. Politiquement, c’est son principal défaut. Qu’il nous surprenne en étant grave.

Coalition

La conjoncture historique est défavorable au PQ et on peut prévoir que même avec la meilleure campagne, il ne l’emportera pas. Mais il y a un monde entre voir le PQ réduit à une députation de cinq députés et se maintenir avec une députation de 20. Dans un cas, il crève. Dans l’autre, il existera.

Et si la CAQ se retrouve avec un gouvernement minoritaire devant s’appuyer sur le PQ, on pourra même parler d’un début de réconciliation des nationalistes.


Addendum : Hier dans la journée, alors que j’avais déjà fait parvenir cette chronique au Journal, Jean-François Lisée, le chef du Parti Québécois, a dénoncé vivement la régression actuelle de la liberté d’expression. On trouve son intervention ici.