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Annulation de «Kanata»: les «Rambo» de la culture

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Il y en a qui trouvent qu’on parle trop de SLĀV, de Robert Lepage. Mais maintenant qu’un deuxième spectacle du metteur en scène (Kanata) a été annulé, il serait temps que ces gens-là se réveillent.

Le 25 juillet 2018 restera comme une journée noire pour la liberté artistique.

Comme un « Rambo » qui impose ses amis de la construction sur les chantiers, des militants veulent imposer leurs représentants sur les scènes. C’est du placement racial au lieu du placement syndical. Mais la méthode est la même, des intransigeants qui s’imposent, dictent leur loi, intimident en utilisant la pire menace qui soit : se faire accoler l’étiquette de raciste.

L’argent mène le monde

Le message envoyé aux créateurs par le retrait de SLĀV puis de Kanata est clair : « Ne prenez pas de risques. Ne parlez que de gens qui vous ressemblent. Ne rendez hommage à aucune communauté qui n’est pas la vôtre. Cloisonnez-vous. Ghettoïsez-vous. Restez dans votre coin et ne parlez que de votre petite réalité. »

Mais c’est aussi grave pour une autre raison : ce sont les coproducteurs nord-américains du spectacle qui se sont désistés, retirant leur appui financier.

À partir d’aujourd’hui, qui va vouloir financer des projets qui sortent un tant soit peu des sentiers battus ? Quel mécène va risquer de s’associer à des projets s’il sent qu’un lobby un peu crinqué peut à tout moment appeler au boycottage ?

On a appris cette semaine que le Conseil des arts avait refusé de financer Kanata. Le Conseil des arts, bordel ! Le plus important organisme subventionnaire dans le milieu des arts au pays qui refuse de financer une œuvre de notre plus grand génie théâtral, et il y en a qui voudraient qu’on passe à un autre appel ?

Si le privé ET le public refusent de toucher à des œuvres sensibles, sommes-nous condamnés à ne plus jamais voir d’œuvres audacieuses sur nos scènes et nos écrans ?

Les intégristes ne comprennent pas que l’histoire de l’art est faite de mélanges et de métissage, et qu’on ne peut pas mettre de barrières entre les cultures. Et ils ne comprennent pas qu’au théâtre, on joue.

Un fils d’ouvrier d’Hochelaga-Maisonneuve se met une cape rouge et il devient le Roi Lear. Une jeune femme douce se met un tablier autour de la taille et elle devient une mère de famille enragée dans une pièce de Michel Tremblay.

L’été de toutes les censures

Cet été 2018 me laisse un goût amer. C’est Mozart qu’on assassine, ce sont les censeurs qui mènent, c’est celui qui crie le plus fort qui se fait entendre.

Et je n’ai pas de félicitations à donner à notre ministre de la Culture, Marie Montpetit, qui a publié un communiqué anémique, prêchi-prêcha de « diversité » et d’« ouverture à l’autre » (comme si Lepage était borné alors que c’est un de nos créateurs les plus ouverts sur les autres cultures).

Et que dire de sa dernière phrase : « Monsieur Lepage a pris une décision et nous le laisserons commenter pour la suite. » Quand un artiste se fait mettre un fusil sur la tempe, peut-on vraiment parler de « décision » ?

Devra-t-on maintenant se promener avec des affiches « Je suis Robert Lepage » ?