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Partis politiques: ils vous ont tous fichés

Les quatre grands partis politiques prennent des mesures jamais vues pour vous influencer

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Photo d'archives

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À deux mois des élections, les partis politiques vous espionnent plus que jamais. Ils ont fiché les 6,14 millions d’électeurs inscrits du Québec, sans exception. Ils veulent tout savoir sur vous pour mieux influencer votre vote.

Finie, l’époque où une bonne campagne de porte-à-porte et d’appels téléphoniques suffisait pour convaincre l’électorat.

À l’ère des réseaux sociaux et de la publicité ciblée sur internet, vos informations personnelles valent une fortune pour le Parti libéral (PLQ), le Parti québécois (PQ), la Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire (QS).

Les quatre grandes formations politiques ont toutes compilé sans vous avertir une foule de renseignements sur vous : votre date de naissance, votre adresse, votre sexe, mais aussi, dans plusieurs cas, votre numéro de téléphone, votre langue, vos préférences politiques et parfois même vos comptes de médias sociaux, comme Facebook ou LinkedIn.

Transparence variable

Au cours des dernières semaines, grâce à des sources confidentielles, notre Bureau d’enquête a documenté la façon dont ces formations vous fichent, et pour quelles raisons elles le font.

Nous avons ensuite envoyé une série de questions aux partis pour qu’ils précisent leurs méthodes. Ils ont fourni des réponses à la transparence très variable. Les formations politiques ont toutes invoqué des considérations stratégiques pour ne pas répondre à certaines questions.

Pour établir votre profil dans leurs bases de données, les partis provinciaux reçoivent l’ensemble de la liste électorale du Québec, qui comprend votre nom, adresse, ainsi que votre sexe et votre date de naissance.

En entrevue avec notre Bureau d’enquête, la directrice générale de la CAQ, Brigitte Legault (aucun lien de parenté avec le chef, François), a accédé en temps réel à la fiche de notre journaliste.

« Félicitations, tu es le seul Hugo Joncas de la liste électorale ! Tu es bien né en 1978 ? » a-t-elle demandé en pleine entrevue, en retraçant les renseignements.

Depuis des années, le DGEQ recommande d’imposer aux partis la destruction obligatoire de ces renseignements personnels, « dans un délai raisonnable ».

Dans les faits, les formations politiques font tout le contraire, comme le leur permet la loi. Non seulement les partis conservent les données, mais ils y ajoutent la plus grande quantité possible d’informations pouvant servir à joindre l’électeur.

Numéros de cellulaire

« L’un des défis des partis politiques, c’est qu’il y a de moins en moins de lignes fixes avec des numéros de téléphone publiés, dit Yanick Grégoire, directeur des communications du Parti québécois. Il faut travailler davantage avec des cellulaires et des adresses courriel. »

Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Depuis avril, le PLQ utilise pour la première fois une technologie américaine. Sa toute nouvelle plate-forme LibContact, dérivée du logiciel du Parti démocrate, peut associer le nom des électeurs à des dizaines d’informations, dont leur origine ethnique, pour certains membres du parti l’ayant déclarée.

« Le principal objectif est d’identifier des sympathisants pour les inciter à sortir voter le jour du scrutin et maximiser notre sortie de vote », explique Maxime Roy, directeur des communications du PLQ.

Quand ils cogneront à votre porte, les bénévoles des trois plus grands partis auront même accès à toute l’information disponible sur vous au bout des doigts, à partir de leur téléphone, puisque le PLQ, le PQ et la CAQ ont tous mis au point une version « mobile » de leurs logiciels respectifs.

Et bien sûr, les formations politiques peuvent aussi compter sur l’empire Facebook. Aucune ne s’en prive : les partis achètent tous des publicités qui ciblent directement votre profil quand vous naviguez sur le fameux réseau social.

 

Le DGEQ s’inquiète

Le Directeur général des élections du Québec est préoccupé : les partis amassent trop d’informations sur les citoyens sans leur consentement, avec un minimum de protection pour leur vie privée, dit-il.

Dans son dernier rapport, le chien de garde de la démocratie recommande notamment de ne plus inclure le sexe et la date de naissance des citoyens dans la liste électorale envoyée aux politiciens.

Selon le Directeur général des élections (DGEQ), ces informations ne sont pas nécessaires pour communiquer avec les électeurs. « Le Québec est la seule province au Canada à donner ce type de renseignement », souligne-t-il.

Précieuse date de naissance

Le Parti libéral est le seul à appuyer le DGEQ sur ce point. « S’il y a consensus entre les partis, nous pourrons nous pencher sur cette question lors d’un prochain mandat », dit Maxime Roy, directeur des communications.

Comme tous les partis cependant, les libéraux ciblent eux aussi les électeurs selon leur âge et leur sexe.

« Si un jour on nous oblige [à se passer de ces informations], on va fonctionner avec les impondérables, mais j’aimerais mieux fonctionner avec ! » dit pour sa part Brigitte Legault, directrice générale de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Chez Québec solidaire, la présidente Nika Deslauriers craint que les partis ne se mettent à acheter les données à des fournisseurs privés si le DGEQ communique moins d’information. « Il faut avoir quand même un moyen d’entrer en contact avec des citoyens », dit-elle.

Une loi morte au feuilleton

Le DGEQ déplore aussi n’avoir « aucune assise légale » pour « vérifier les méthodes de récolte de données personnelles des électeurs », selon sa porte-parole, Stéphanie Isabel.

Le projet de loi 188 pour lui donner de tels pouvoirs est d’ailleurs discrètement mort au feuilleton.

Présenté tardivement le 6 juin par la ministre de la Réforme des institutions démocratiques Kathleen Weil, il devait permettre au DGEQ d’examiner comment les partis collectent et utilisent les renseignements sur les électeurs.

Québec disait vouloir faire adopter rapidement la loi « par consensus », mais la CAQ et le Parti québécois ont refusé de procéder dans l’urgence.

« On avait un travail d’opposition à faire, dit Bruno-Pierre Cyr, attaché de presse du chef péquiste Jean-François Lisée. Nous ne sommes pas responsables de leur turpitude. »

Le DGEQ devait commencer ses vérifications en août, en pleine frénésie préélectorale, déplore Brigitte Legault.

« Le problème, c’était le timing ! »

 

Vos infos personnelles entre les mains des partis

 

Pour tout le monde, dans la liste électorale...

► Nom et prénom

► Adresse du domicile

► Date de naissance

► Sexe

► Autre(s) électeur(s) habitant à la même adresse


Selon les partis, ils peuvent y ajouter, dans la mesure du possible...

► Un numéro de téléphone

► Un courriel

► Un historique de l’implication auprès du parti : réponses à des campagnes, dons, bénévolat, etc.

► La langue préférée pour les communications avec le parti

► La langue parlée à la maison

► Des mots clés sur des enjeux qui vous touchent, en fonction de réponses à des appels de pointage, à du porte-à-porte, à des pétitions ou à des campagnes sur des microsites en ligne (environnement, souverainisme, fédéralisme, 3e lien à Québec, assurance dentaire, etc.)

► Vos choix politiques : libéral ? péquiste ? caquiste ? solidaire ?

► Si vous êtes hostile au parti

► Ethnicité (Québécois d’origine, Canadien anglais, Italien, Chinois, Haïtien, Arabe, etc.)

► Une association à un groupe sociodémographique sur la base de l’adresse, comme :

  • Immigrant à faible revenu dans Parc-Extention, à Montréal
  • Francophone pauvre dans le quartier Limoilou, à Québec
  • Revenu élevé pour un habitant de Westmount ou Sillery
  • Un groupe d’âge sur la base de la date de naissance
  • Un groupe d’électeurs précis sur la base tant de la géographie que de l’âge : milléniaux tendance du Plateau Mont-Royal, retraités de Shawinigan, etc.

► Une évaluation des probabilités que l’électeur vote en faveur du parti, calculée par un algorithme, en fonction de son adresse, des derniers résultats électoraux et des données sociodémographiques

► Un compte Facebook ou un autre média social (peu répandu)

► Des commentaires des bénévoles sur l’électeur

 

Comment les partis se servent de vos renseignements personnels

Pour illustrer les raisons qui poussent les partis à accumuler des informations personnelles sur les électeurs, voici quatre exemples fictifs de citoyens représentant des « clientèles » qu’ils cibleront.


  • Date de naissance : 3 décembre 1955 (62 ans)
  • D’ascendance italienne
  • Habite la circonscription de Dubuc, au Saguenay

Le PLQ appellera Maria le jour du vote. Pourquoi ?

  • Elle fait partie de la communauté italienne, largement acquise à ce parti.
  • Elle est une femme et a plus de 60 ans, ce qui la rend aussi plus susceptible de voter pour les libéraux.
  • Elle habite une circonscription prioritaire, chaudement disputée entre le PLQ, le PQ et la CAQ.

  • Date de naissance : 23 février 1971 (47 ans)
  • A laissé son numéro de cellulaire sur un microsite du PQ appuyant la campagne « Grand déblocage » pour le transport en commun montréalais
  • Habite la circonscription de Laval-des-Rapides

Le PQ appellera Daniel le jour du vote. Pourquoi ?

  • D’abord, le PQ a son numéro de cellulaire : très pratique pour le joindre.
  • Il a aussi déclaré être en accord­­­­ avec un élément de la plateforme de la formation politique.
  • Il habite une circonscription chaudement disputée entre le PLQ, le PQ et la CAQ.

  • Date de naissance : 17 juin 1982 (36 ans)
  • Vit à la même adresse qu’une femme du même âge, dans un quartier de bungalows
  • A répondu à un sondage téléphonique de la CAQ en 2014
  • Habite la circonscription de Bellechasse, sur la Rive-Sud de Québec

La CAQ appellera Éric le jour du vote. Pourquoi ?

  • Il appartient au groupe d’âge des jeunes parents, dans un quartier de familles, clientèle cible du parti.
  • Il a déjà déclaré être en faveur du parti dans le passé.
  • Il habite une circonscription que la CAQ pourrait ravir au PLQ.

  • Date de naissance : 11 octobre 1990 (27 ans)
  • A signé une pétition de QS pour la hausse du salaire minimum
  • Habite la circonscription de Rosemont à Montréal

QS appellera Léonie le jour du vote. Pourquoi ?

  • Elle est francophone, comme la majorité des électeurs des partis souverainistes
  • Elle est jeune, comme les électeurs que cible la formation politique
  • Elle habite une circonscription symbolique que QS pourrait ravir au chef du PQ Jean-François Lisée

 

Captés grâce aux campagnes en ligne

Bloc élections élection vote
Capture d'écran

Pour amasser des numéros de téléphone et des courriels, les partis n’ont pas que les soupers spaghetti. Ils utilisent de plus en plus les pétitions et les campagnes politiques à thèmes, sur internet.

En 2016, par exemple, la Coalition Avenir Québec (CAQ) a lancé le site « Les tickets de Barrette », toujours opérationnel au moment d’écrire ces lignes. Le parti y dénonce le coût élevé des stationnements d’hôpitaux en ciblant le ministre de la Santé Gaétan Barrette.

« Êtes-vous d’accord avec nous qu’il faut cesser cette tarification injuste et abusive ? » demande la CAQ sur le site. L’internaute est invité à indiquer son nom, son code postal, son courriel et son numéro de téléphone. Autant d’informations qui permettent de compléter celles qui proviennent de la liste électorale.

Le Parti québécois fait la même chose avec le « Grand Déblocage », son plan pour le transport en commun dans la région de Montréal.

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Capture d'écran

Québec solidaire (QS) de son côté multiplie les pétitions sur les enjeux les plus divers, de la couverture des soins dentaires par l’assurance-maladie à la hausse du salaire minimum.

Électeurs « étiquetés »

Grâce à ces campagnes à thèmes, les partis fichent non seulement vos coordonnées, mais aussi vos idées. Vous êtes alors marqué d’une « étiquette » ou classé sensible à un « enjeu » : pour un troisième lien entre Québec et sa Rive-Sud, en faveur d’un plan plus audacieux pour le transport en commun à Montréal, contre le financement public des écoles privées...

Les formations politiques savent ainsi comment vous aborder pour vous demander un don ou un vote.

Chacun se défend d’accumuler les courriels des électeurs de façon détournée. « Oui, on vise à obtenir des coordonnées, mais pas seulement pour accumuler des votes, pour que les gens s’impliquent ensuite », dit Keena Grégoire, responsable de la mobilisation à QS.

Notre Bureau d’enquête a voulu savoir pour quelle proportion des électeurs les partis détenaient de telles informations sur leurs opinions. Sans succès : tous les partis ont refusé de le préciser.

 

Électeurs ciblés grâce à leur profil Facebook

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Capture d'écran

Pour les partis présents à l’Assemblée nationale, impossible d’ignorer Facebook. Aujourd’hui, ils utilisent tous le réseau social pour vous atteindre avec des publicités ciblées selon votre ville, votre langue et vos opinions.

Pour y parvenir, les formations politiques s’abonnent à des comptes Facebook Business Manager, les mêmes qu’utilisent les entreprises pour vous envoyer des publicités de sites de rencontre, de marques de voitures ou de vêtements.

Suivis à la trace

Ces abonnements corporatifs permettent aux utilisateurs d’acheter de la publicité en fonction d’« audiences » : des groupes de personnes correspondant au profil recherché.

Le Parti québécois peut, par exemple, cibler les abonnés francophones habitant la circonscription de Charlevoix-Côte-de-Beaupré, chaudement disputée à la Coalition Avenir Québec.

Quant au Parti libéral du Québec, il peut viser, par exemple, les abonnés de Brossard parlant mandarin pour atteindre ses électeurs issus de l’immigration. Les « audiences » possibles sont très variées : langue, sexe, groupe d’âge, intérêts...

Mais surtout, la plateforme de Mark Zuckerberg peut vous cibler dans votre ville ou même votre quartier : elle détecte votre position, grâce aux antennes cellulaires ou wi-fi que vous utilisez pour vous y connecter.

Le géant californien peut même vous envoyer l’annonce du barbecue annuel d’un parti pendant l’événement, si vous passez dans le quartier où il se déroule !

La loi et les règles du réseau social lui interdisent toutefois de transférer toute donnée sur ses utilisateurs aux partis politiques, assure Facebook. « Nous ne vendons pas d’informations aux annonceurs ou à quiconque », assurait Sheryl Sandberg, chef de l’exploitation, lors d’une conférence téléphonique en avril.

Les abonnés du réseau social n’ont toutefois pas l’occasion d’accepter ou non les publicités électorales avant d’en recevoir.

« Campagnes légitimes »

Pour Facebook, ça ne pose aucun problème. « Nous voulons donner une voix aux campagnes politiques légitimes », écrivaient Katie Harbath et Steve Satterfield, deux autres dirigeants de la firme sur son site en mai dernier, après le scandale des publicités qu’auraient commanditées les Russes pour influencer l’élection présidentielle américaine de 2016.

Facebook a refusé de nous accorder une entrevue.

Quant à la façon précise dont les formations politiques utilisent le réseau social pour vous envoyer des publicités, le mystère plane. Tous les partis affirment qu’il s’agit d’une information « stratégique », qu’ils veulent cacher à leurs adversaires.

Du coup, les électeurs ciblés restent eux aussi dans le noir.

 

Comment chaque parti amasse de l’information sur vous

Parti libéral du Québec

Logiciel d’élection: LibContact (NGP VAN)

Le nec plus ultra, made in USA

En avril dernier, le Parti libéral (PLQ) est devenu la seule formation politique au Québec à utiliser un logiciel américain pour manipuler ses données sur les électeurs : NGP VAN, conçu pour les campagnes du Parti démocrate de Barack Obama et d’Hillary Clinton.

La firme montréalaise Data Sciences distribue le logiciel de Boston sous licence de ce côté-ci de la frontière et le PLQ a maintenant sa propre version : LibContact.

« Il a fait ses preuves un peu partout au Canada et dans le monde depuis près de 20 ans (efficacité, stabilité et sécurité) », assure Maxime Roy, directeur des communications du PLQ, dans un courriel à notre Bureau d’enquête. Les libéraux fédéraux ont aussi leur version du logiciel : Libéraliste.

Grâce aux technologies avancées de NGP VAN, le PLQ peut pousser très loin l’analyse sociodémographique des électeurs sur lesquels il accumule des données.

Comme le parti fait le plein de votes auprès des immigrants et de leurs descendants, par exemple, ses militants remplissent avec soin les champs concernant la langue des électeurs et leur origine ethnique, qu’ils désignent par le terme « héritage culturel ».

Le logiciel est aussi alimenté par les analyses sociodémographiques de la firme torontoise Environics. Avec Data Sciences, elle aide les libéraux à concevoir l’intelligence artificielle qu’ils utilisent pour estimer si vous êtes plus ou moins susceptible de voter pour eux, en fonction de votre âge, de votre langue, de votre adresse et de votre niveau de vie probable (voir ci-contre).

Transparence

  • Le PLQ a été le dernier des quatre partis présents à l’Assemblée nationale à nous transmettre l’information demandée. Il a refusé de dire combien d’informations différentes il tente d’amasser sur chaque électeur.
  • Les libéraux ont aussi refusé de dire pour quelle proportion des électeurs ils disposent de coordonnées pour les joindre (numéro de téléphone ou courriel).
  • Comme les autres partis, le PLQ refuse de dévoiler le budget qu’il investit pour vous cibler sur Facebook.
  • Il refuse de détailler les « audiences » Facebook utilisées pour vous pousser de la publicité.

 

58 profils

Sur la base de données publiques comme les résultats du recensement et les demandes de permis de rénovation, un fournisseur du PLQ, Environics, classe les Québécois en fonction de 58 profils possibles, qui prennent souvent la forme de stéréotypes peu subtils.

Quelques exemples

« La vie est belle – Familles et couples du Québec d’âge et de revenu moyens », pour un quartier résidentiel d’une banlieue éloignée comme Saint-Jean-sur-Richelieu ou d’une petite ville comme Sept-Îles. « Échantillon de valeur sociale : esprit de clocher »

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Capture d'écran, Environics

« Survivre en ville – Jeunes locataires urbains à bas revenu », dans un quartier pauvre francophone de grande ville comme Limoilou, à Québec. « Échantillon de valeur sociale : anomie, absence de but. »

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Capture d'écran, Environics

« Chambres avec vue – Jeunes issus de la diversité dans des tours », pour le nouveau quartier de condos Griffintown, à Montréal. « Échantillon de valeur sociale : souci des apparences. »

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Capture d'écran, Environics

« Geeks urbains – Jeunes célibataires urbains instruits », dans un secteur du quartier Mile-End à Montréal. « Échantillon de valeur sociale : permissivité sexuelle. »

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Capture d'écran, Environics

 

 

Parti québécois

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Photo d'archives, Simon Clark

Logiciel d’élection: Gestion PQ (développé à l’interne)

Certains modules de la firme lavalloise Démocratik pour l’application mobile de porte-à-porte et les centrales d’appel

Une machine bien rodée à l’interne

Comme les libéraux, le Parti québécois dispose d’une machine bien rodée incluant un grand nombre de données et il a développé de l’intelligence artificielle pour estimer les chances qu’un citoyen vote pour la formation politique.

Le PQ segmente lui aussi l’électorat par quartier et par langue. Il y ajoute des données sociodémographiques comme celles issues du recensement pour essayer de prédire comment votera l’électeur dans tel ou tel secteur.

« Ça sert à prioriser l’ordre dans lequel on va appeler les électeurs, explique Yanick Grégoire, directeur des communications du Parti québécois. On va commencer par appeler les gens qui ressemblent le plus à notre profil d’électeurs. »

Le PQ a surtout fait le travail à l’interne, mais il a tout de même un contrat avec la firme montréalaise Stratégeum, qui conçoit des cartes pour l’aider à faire du pointage.

Transparence

  • Le parti refuse de préciser combien d’informations figurent devant chaque nom dans sa base de données. « C’est de l’information qui aurait de la valeur pour nos adversaires », dit Yanick Grégoire.
  • Le PQ refuse aussi de dire pour quelle proportion d’électeurs il dispose d’un numéro de téléphone ou d’un courriel.
  • Comme les autres partis, le PQ refuse de dévoiler le budget qu’il investit pour vous cibler sur Facebook.
  • Il refuse aussi de détailler les « audiences » Facebook utilisées pour vous pousser de la publicité.

 

Coalition Avenir Québec

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Photo d'archives, Simon Clark

Logiciel d’élection: Coaliste (développé à l’interne avec Globalia)

Un plan B à défaut de NGP VAN

La Coalition aussi avait un œil sur le logiciel des démocrates américains, NGP VAN. Après tout, la directrice générale Brigitte Legault provient des libéraux fédéraux et faisait partie de l’équipe qui a acheté le logiciel pour la campagne de Michael Ignatieff en 2011.

« On est allés à Boston voir s’il y avait des possibilités et, malheureusement, ils avaient vendu une licence au Parti libéral du Canada pour une exclusivité canadienne. »

L’entreprise détenant les droits au pays, Data Sciences, a ensuite vendu la technologie aux alliés québécois de Justin Trudeau : les libéraux de Philippe Couillard.

À partir de 2015, la CAQ a donc développé son propre système, Coaliste, après avoir utilisé celui de la base de données lavalloise Démocratik.

« On a regardé tous les logiciels », dit Brigitte Legault. La CAQ s’est finalement laissée séduire par celui des libéraux de la Colombie-Britannique.

« C’était pas mal l’architecture interne qu’on voulait. On s’est fait faire une démo par des amis et on a trouvé ça pas mal cool. On est revenus au Québec et on s’est mis une tête là-dessus. »

La firme Globalia, de Saint-Lambert, a ensuite mis au point la version finale du système.

Transparence

  • Contrairement aux autres partis, la CAQ a accepté de divulguer pour quelle proportion des électeurs elle détient des coordonnées : 65 %, soit environ quatre millions de personnes.
  • Le parti a aussi accepté de dire le nombre d’enjeux en fonction desquels il classe les électeurs : 24.
  • Comme les autres partis, la CAQ refuse de dévoiler le budget qu’elle investit pour vous cibler sur Facebook.
  • Elle refuse aussi de détailler les « audiences » qu’elle utilise pour vous pousser de la publicité sur Facebook.

 

Québec solidaire

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Photo d'archives, Simon Clark

Logiciel d’élection: Une base de données couplée à La Base, un « outil de mobilisation » pour les militants

Un système plus simple

Québec solidaire (QS) est moins avancé que les plus grands partis dans l’intégration des données de la liste électorale et des coordonnées d’électeurs dans un seul logiciel. Lancée début 2015, La Base est surtout destinée à l’utilisation par les militants et les sympathisants. Les bénévoles affectés aux campagnes de pointage utilisent une liste électorale séparée, mais des coordonnées issues de La Base y sont ajoutées.

«Nous avons confié le contrat à des développeurs sympathisants, dit Nika Deslauriers, présidente du parti. La protection des données hébergées sur cette plateforme est trop importante pour la sous-traiter à un fournisseur externe.»

QS dit avoir fait le choix de ne pas associer les électeurs à des profils sociodémographiques basés sur le recensement ou sur des enquêtes de consommation.

«Faire de la politique, ce n’est pas vendre des chars, dit Nika Deslauriers. Notre stratégie repose sur la mobilisation des électeurs qui nous ont signalé partager nos idées, pas sur des profils sociodémographiques établis à l’insu des gens.»

Transparence

  • Le parti refuse de dire pour quelle proportion d’électeurs il dispose de coordonnées.
  • Il refuse également de dire combien d’informations différentes il tente d’amasser dans sa base de données destinée aux militants, bénévoles et donateurs, La Base.
  • Comme les autres partis, QS refuse de dévoiler le budget qu’il investit pour vous cibler sur Facebook.
  • Le parti refuse aussi de détailler les « audiences » Facebook qu’il utilise pour vous pousser de la publicité.