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Trop blanc, le showbiz?

ART-CALL M�DIA POUR LE SPECTACLE SLAV
Photo Agence QMI, Dario Ayala Une scène de la pièce Slav

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Les relations entre francophones et anglophones achoppent sur un nouvel os, l’appropriation culturelle pratiquée par un artiste baby-boomer – un vieux – qui ne comprend rien au monde actuel et qui refuse de comprendre, certain de ses certitudes, bien installé sur l’Olympe des artistes québécois qui ont réussi à l’international. Je parle bien sûr de Robert Lepage.

Tant qu’à y être, pourquoi pas une baffe en passant à Denys Arcand qui serait devenu trop vieux pour faire de bons films, semble-t-il. Voilà, c’est fait.

L’ouverture

Lepage aurait dû suivre les conseils des jeunes militants – aucun d’entre eux n’étant un artiste chevronné – qui auraient pu « améliorer » ses créations en virant 100 % des artistes de SLAV et distribuer leur rôle à des jeunes fraîchement diplômés de l’option théâtre secondaire 5 qui rappent la fin de semaine, préférablement membres de SLAV Resistance Collective.

Notez l’usage de l’anglais.

(La volonté des Québécois de tenir les débats publics en français n’est, aux yeux des manifestants du TNM qu’une imposition blanche suprémaciste. L’anglais, langue de libération des peuples opprimés ? Come on.)

Des commentateurs anglophones, que l’on croyait francophiles, se réjouissent de l’occasion qui leur est offerte d’afficher leur sensibilité à la diversité tout en démon­trant que les francophones pataugent dans la même fange culturelle blanche depuis 50 ans.

Vigneault, Rivard, Leloup, Boulay, Reno, on vous a assez entendus. Girard, Vanasse, Dorval, Dupuis, Picard, on vous a assez vus. Surtout votre blancheur.

Selon certains de mes collègues de The Gazette, le tollé contre l’annulation de SLAV et de Kanata ne serait qu’une autre manifestation du nationalisme québécois dans ce qu’il a de plus étroit, de plus pestilentiel.

Pour eux, l’appropriation culturelle n’est pas une excroissance de la rectitude politique et annuler un spectacle en raison de protestations n’est pas le censurer.

Trop blanc ?

Ils n’ont pas tort en tout. Il y a plus de minorités dans l’univers culturel québécois que ne le pensent les agités de la diversité, mais il en manque pour assurer des publics aux artistes de demain. Rien de plus normal que d’aimer se reconnaître dans ses vedettes. Je suis certaine que bien des jeunes Noirs ressentent de la fierté lorsqu’ils voient Karim Ouellet à la télé. Ce qui n’enlève rien aux autres.

Quand je dirigeais Châtelaine, j’étais obsédée par l’idée de conquérir un nouveau public, les jeunes femmes de communautés culturelles, sachant que c’était une des rares façons de faire croître le lectorat. Et puis, sortir des sentiers battus allait rendre le magazine plus intéressant. Je n’ai pas vraiment réussi, il faut être deux pour danser le tango, mais je ne comprends pas pourquoi tous les créateurs de contenus ne sont pas animés par la même volonté.

SLAV et Kanata auraient été rendus plus intéressants avec des artistes noirs et autochtones – il me semble que les Parisiens auraient adoré voir des membres des Premières Nations sur scène –, mais Lepage a choisi de travailler autrement. Il est dans son droit de le faire sans être accusé d’être trop vieux ou pire encore, raciste.