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Chère Sophie Prégent, seriez-vous mêlée?

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En 1985, alors que j’étais vice-président du nouveau réseau de télévision TQS, j’avais convenu avec le responsable des ressources humaines que nous embaucherions un nombre égal d’hommes et de femmes dans tous les départements et que nous ferions en sorte que le personnel soit le reflet de la population de notre quartier, les environs de la défunte gare Jean-Talon.

Même si l’initiative a permis à des dizaines de femmes et de représentants des minorités visibles d’occuper divers métiers de télévision, leur présence se fait encore rare à TVA comme à Radio-Canada. Le réseau français en est même un exemple lamentable.

La CBC emploie 52 % de femmes et 15,4 % du personnel est issu d’une minorité visible. Les autochtones comptent pour 3,5 %. Au réseau français, il y a 49 % de femmes, mais seulement 5 % du personnel vient d’une minorité visible. Quant aux autochtones, ils sont à peine 1 %.

SOPHIE PRÉGENT S’EN MÊLE...

La semaine dernière, Sophie Prégent, présidente de l’Union des artistes (ma présidente), a déclaré que 25 % des membres de l’union sont issus de la « diversité culturelle », mais ILS travaillent peu. Elle a justifié le mouvement ayant entraîné l’annulation de SLĀV et de Kanata par le fait que les minorités sont exaspérées du peu de place qu’on leur fait à la télé, au théâtre et au cinéma.

Comme plus d’un et comme les manifestants eux-mêmes, « ma » Sophie prend donc prétexte d’une réclamation légitime des minorités pour justifier l’action stupide des jusqu’au-boutistes de cette théorie ambiguë qu’est « l’appropriation culturelle ». Poussée à sa limite, l’appropriation culturelle serait plutôt créatrice de ghettos et non d’ouverture. Comme peut l’être le multiculturalisme. L’appropriation culturelle est sûrement le rejeton le plus détestable du « politiquement correct ».

La planète étant devenue le village global qu’avait appréhendé Marshall McLuhan, c’est inévitable que les emprunts culturels deviennent monnaie courante. Est-ce pour autant une malédiction ? Les Japonais doivent-ils se plaindre que sushis et sashimis se retrouvent sur toutes les tables ? Les Italiens s’insurger qu’on mange leurs pizzas partout ? Les Québécois se plaindre que la poutine soit inscrite au menu de plusieurs pays ?

Ce qui est vrai pour la cuisine l’est aussi pour la musique, le cinéma, la télévision et cent autres domaines. Même en peinture comme le démontre l’exposition actuelle du Musée des beaux-arts de Montréal D’Afrique aux Amériques.

L’APPROPRIATION EXISTE-T-ELLE ?

En s’appropriant le jazz, Sonny Rollins, Benny Goodman, Glenn Miller ou Keith Jarrett l’ont-ils desservi ? Devrions-nous boycotter Russes et Scandinaves pour s’être approprié notre sport national ? Devrions-nous exiger des redevances ? Exiger qu’on précède chaque joute d’un avis expliquant qu’on pratique un sport dont les droits n’ont pas été cédés ?

En quoi l’Université d’Ottawa a-t-elle amélioré le sort des Indiens en défendant l’enseignement et l’exercice du yoga dans ses murs pour apaiser les pressions de quelques extrémistes ? Qu’ont gagné les Noirs et les autochtones à l’annulation de SLĀV et de Kanata ? Que tireront-ils de « l’assassinat » de Robert Lepage, de loin leur meilleur messager ?

Est-ce à dire que l’appropriation culturelle n’existe pas, que c’est seulement une vue de l’esprit ? Pas forcément. Mais c’est une notion de droit trop subtile et beaucoup trop complexe pour être laissée au jugement des extrémistes de droite comme de gauche. C’est aussi une notion qui n’a rien à voir avec la diversité. Une notion dans laquelle Sophie Prégent, comme plusieurs autres d’ailleurs, semble s’emmêler.