/opinion/columnists
Navigation

L’enfer, c’est les autres

L’enfer, c’est les autres
Photo d'archives, IStockPhoto

Coup d'oeil sur cet article

Ça semblait une bonne idée : profiter d’un séjour à Bologne pour montrer Florence à mon fils.

« Viens, on va sauter dans un train et on va passer la journée à Florence, tu vas voir, c’est magnifique... »

PAR ICI, LE TROUPEAU !

Malheureusement, des milliers d’autres touristes ont eu la même idée que moi.

Vous savez, dans les westerns, quand les cowboys conduisent des milliers de vaches d’un village à l’autre ?

Eh bien, je me sentais comme une de ces bêtes.

Un touriste perdu dans une mer de touristes.

J’ai vu Florence, mais je n’ai vu aucun Florentin.

Ils avaient tous été remplacés par des touristes.

C’est comme si Florence n’était plus une ville, mais un décor. Comme les reconstitutions de Paris, de New York et de Venise à Las Vegas.

Je suis sûr que tous les autres touristes qui tentaient désespérément de se frayer un chemin dans les rues bondées de Florence faisaient la même chose que moi.

Ils pestaient contre les touristes. « Maudits touristes, y en a donc beaucoup ! »

Avez-vous remarqué ? Quand on fait du tourisme, on n’est jamais un touriste.

Les autres, oui ! Les 100 000 bozos qui font la queue pour voir La Vénus de Boticelli, la fontaine de Trévi ou le pont Rialto sont des touristes !

Mais pas nous, non...

Nous, nous sommes des « voyageurs ».

Nous avons du goût. Nous apprécions la beauté.

C’est faux, bien sûr. Nous sommes des touristes comme les autres.

Mais, bon, ça nous aide à nous donner bonne conscience.

On se dit : « Le tourisme de masse, c’est la faute des autres. Pas la mienne. »

LES GALERIES DE LA CAPITALE

Ne craignez rien, je ne suis pas nostalgique du temps où seuls les aristocrates pouvaient se payer le luxe de voyager.

Le tourisme s’est démocratisé, et c’est tant mieux.

La classe moyenne peut maintenant prendre l’avion, visiter des musées, s’ouvrir au monde.

Qui peut être contre ça ?

Mais ça amène des désavantages.

Quand tu débarques dans une ville et que tout ce que tu vois, ce sont des touristes avec des t-shirts bariolés et une perche à selfie, disons que ça atténue ton plaisir.

Tu es aussi dépaysé que si tu visitais le Carrefour Laval.

L’Organisation mondiale du tourisme dit qu’en 2030, 1,8 milliard de personnes vont voyager dans le monde.

Et ils vont tous s’envoler vers les mêmes destinations.

Ceux qui sont allés en Croatie il y a 10 ans disent que c’était paradisiaque. Aujourd’hui, c’est aussi étouffant que Florence un jour de juillet.

Comme on dit : « Plus personne ne va là, y a trop de monde ! »

L’AVENTURE, C’EST L’AVENTURE !

Je sais ce que vous allez me dire : sors des sentiers battus et fais du tourisme d’aventure !

Va dormir dans une yourte en Mongolie et bois du lait de jument fermenté !

Vous avez peut-être raison, mais il y a un hic.

Je veux voir Florence ! Je veux voir Venise ! Moi aussi, je veux voir la fontaine de Trévi, et m’y tremper les pieds comme Marcello Mastroianni !

Malheureusement, des millions de personnes veulent faire la même chose. À la même période.