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Michaëlle Jean, «trumpienne» francophone

Michaëlle Jean
Photo Pierre-Paul Poulin

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On sait comment les esprits peu chauds à la liberté d’expression réagissent à la publication d’articles qui les font mal paraître.

Ils affirment que les médias qui les publient sont «malhonnêtes», qu’ils colportent des faussetés, mènent contre eux une campagne de dénigrement. Ces dénonciateurs de faussetés, curieusement, ne sont souvent pas enclins à discuter des faits en cause.

Donald Trump est un cas extrême, voire une véritable caricature de cette tentation : il crie «fausse nouvelle» à tout bout de champ, mais affiche pour les vrais faits un souverain mépris.

En mars, face à Justin Trudeau qui lui démontrait que les États-Unis n’ont pas de déficit commercial avec le Canada, il persistait à dire, malgré les données vérifiées, que c’était le cas.

À une assemblée partisane au Missouri, il s’en félicita publiquement : «Je lui ai dit : “Non Justin, il y a un déficit”... En fait, je n’en savais rien... Je n’en avais aucune idée. Je lui ai seulement dit : “Vous avez tort.”»

Le «cas» Jean

Michaëlle Jean est une ancienne journaliste, ancienne animatrice, et par-dessus le marché, une dame «très honorable».

Elle sait, depuis qu’elle collectionne les postes officiels, lire de très jolis discours de circonstance sur l’importance de la liberté de presse.

Jamais, donc, je n’aurais pu m’imaginer qu’une telle personne pourrait attaquer le travail d’un journal d’une manière bassement... trumpienne.

Or, c’est précisément ce qu’elle fait depuis que notre Bureau d’enquête a commencé à se pencher sur sa gestion de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Je le souligne aujourd’hui, car à la mi-juillet à Radio-Canada, lors d’une entrevue serrée que conduisait son ancienne collègue Alexandra Szacka, la secrétaire générale a versé dans les insultes et le mépris total des faits.

Elle a notamment parlé sans oser nous nommer «de certains médias» qui misent sur la «désinformation» et iraient même «jusqu’à de la diffamation très grave».

Mon collègue Alexandre Robillard a démontré depuis un an : qu’il y a eu des travaux de 500 000 $ dans l’appartement de fonction de Mme Jean ; qu’une croisière pour jeunes francophones organisée par l’OIF dont le Québec et le Canada ont refusé d’éponger les coûts supplémentaires, a bel et bien coûté 1 million $ et non quelque 450 000 $, comme l’OIF s’obstinait à le dire ; que le mari de Mme Jean, Jean-Daniel Lafond, avait à sa disposition un chauffeur ; et enfin, que l’OIF a enregistré en 2017 un important déficit de près de 3,3 millions $.

Les autorités québécoises et fédérales ont eu beau ne jamais contredire nos articles et au contraire réclamer poliment une plus «grande transparence» à Mme Jean, cette dernière a continué, dans plusieurs interviews, de marteler ses attaques à notre égard.

À l’émission C politique sur France 5 en décembre 2017, Mme Jean a carrément menti lorsqu’elle a soutenu que «ces médias ne vous accordent même pas le droit de réponse».

Non seulement nous avons les documents et sources pour appuyer tous nos reportages, mais en plus, nous possédons tous les courriels qui démontrent qu’à chaque fois que nous avons écrit sur l’OIF, nous lui avons dûment offert de donner sa version des faits. La plupart du temps, ces offres furent sans réponse.

Cela nous ramène à ce que je soulignais plus haut : les esprits peu chauds à la liberté d’expression dénoncent facilement des faussetés journalistiques. Mais curieusement, ne sont souvent pas enclins à discuter des faits en cause.