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Le triomphe de Robert Lepage

Coriolan
Photo courtoisie, Festival de Stratford Coriolan

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Malgré tout ce qui a été dit et écrit sur les controverses au sujet de Robert Lepage (SLĀV et Kanata), savez-vous quelle est l’information la plus absurde dont personne ne parle ?

Robert Lepage triomphe en ce moment au festival de Stratford, en Ontario, avec une mise en scène de Coriolan de Shakespeare.

Et vous savez quoi ? Il a confié le rôle de Caius Marcius Coriolanus (un militaire autocratique, figure emblématique de la République romaine­­­) à un acteur noir alors qu’il est joué par des hommes blancs depuis... 400 ans.

Pas d’appropriation culturelle

Voyez-vous l’ironie ? Quand Lepage fait jouer des rôles de Noirs par des Blancs, il se fait lancer des tomates. Mais quand il donne à un Noir un rôle de Blanc... silence radio. Personne ne parle d’appropriation culturelle.

Pourtant Lepage fait à Stratford ce qu’il fait à Montréal, à Québec, à New York ou à Paris : il fait du théâtre. C’est-à-dire qu’il choisit l’actrice ou l’acteur qui est le meilleur pour le rôle, quelles que soient ses origines, la couleur de sa peau. Quand Lepage dit qu’il ne voit pas de couleur, c’est ça.

Dans ce cas-ci, Lepage a confié le rôle à André Sills, un comédien de six pieds deux, un ancien joueur de rugby de 245 livres, qui selon les critiques, est parfait dans son rôle de guerrier romain.

Dans une scène complètement surréaliste, Coriolan quitte Rome non pas à bord d’un char romain, mais au volant d’une rutilante voiture argentée. Et c’est Sills lui-même qui a proposé à Lepage de porter pour cette scène un « do-rag », un foulard bandana plié sur la tête, un clin d’œil à la culture afro-américaine.

Un spectacle époustouflant

Les critiques du Coriolan de Lepage sont dithyrambiques. « Peut-être la plus délicieuse et créative présentation de Shakespeare que j’aie jamais vue » dit David Frum. « Le spectacle de la décennie », affirme le Globe and Mail. « Fascinant », « troublant » et « Jaw dropping » (à faire tomber la mâchoire), affirme le New York Times.

Lepage a multiplié les trouvailles multimédias. Les scènes dans le forum romain sont transformées en débat de ligne ouverte à la radio. Des personnages s’échangent leurs répliques à coup de SMS qui s’affichent sur écran géant. Tout le monde souligne le génie visuel de Lepage, qui a su insuffler de la modernité dans une pièce écrite au 17e siècle.

Ça nous permet d’imaginer quel genre de spectacle génial on aurait eu avec Kanata, si Lepage ne s’était pas fait couper les ailes en plein vol.

Dans une lettre aux lecteurs publiée hier, Michel Nadeau, coauteur de Kanata­­­, écrivait : « Ce qui est le plus dommage dans toute cette histoire, c’est que 40 000, 50 000 personnes, peut-être plus, en France, en Europe, au Canada, au Québec, aux États-Unis et même en Asie ne pourront voir cette grande histoire de rencontres, d’amitiés, de transformation de l’un par l’autre (...). »

En effet, quel dommage. Et quel gâchis !