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1991

Les acteurs du film 1991, Juliette Gosselin, Sandrine Bisson, Jean Carl Boucher, Alexandre Nachi, accompagnés de Nicole Robert et de Ricardo Trogi.
Photo Simon Clark Les acteurs du film 1991, Juliette Gosselin, Sandrine Bisson, Jean Carl Boucher, Alexandre Nachi, accompagnés de Nicole Robert et de Ricardo Trogi.

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Comme vous, je ressens parfois le besoin de décrocher, surtout l’été.

Quand je me détends, je veux cependant, même si c’est léger, que cela reste intelligent.

Voilà pourquoi j’ai adoré 1991, le dernier film de Ricardo Trogi, qui fait suite à 1981 et 1987.

Souvenirs

Aviez-vous, disons, entre 18 et 30 ans au début des années 1990 ? Ou aviez-vous des enfants de cet âge ?

Si vous êtes parti en Europe à cet âge et à ce moment, ou que vos enfants l’ont fait, vous avez vécu ou ils vous ont fait vivre des scènes comme celles du film.

En Europe, qui ne s’est pas fait piéger, si on ne vous a pas prévenu avant, par le panier de croissants que l’on croit gratuits comme le pain chez nous ?

Qui ne s’est pas retrouvé obligé d’aller passer la nuit à la gare de train, en compagnie de clochards, parce que l’auberge de jeunesse est pleine ?

Qui n’est pas tombé sur ces types qui font le tour de l’Europe sans un sou, que l’on pense être des idéalistes, mais dont on découvre qu’ils sont aussi pique-assiette et profiteurs ?

Qui n’est pas tombé sur l’étudiant africain plein aux as et qui enchaîne les conquêtes sexuelles ?

Qui n’est pas tombé sur celui qui a perdu ses papiers et cherche la toujours luxueuse ambassade du Canada­­­, où l’on ne semble pas se tuer à l’ouvrage ?

Avant les réseaux sociaux, qui n’a pas ragé en essayant de faire un appel à frais virés en passant par une téléphoniste dont vous ne comprenez rien de ce qu’elle vous raconte ?

Qui, au début de la vingtaine, ne s’est pas retrouvé dans une de ces relations ambiguës avec une fille qu’on aime, mais qui nous aime... comme « ami » ?

Bonheur

Ce petit bijou de film, qui n’est pas sans défauts, fonctionne parce que Trogi maîtrise à merveille les codes de la comédie, un des genres les plus difficiles.

D’abord et avant tout, il se moque de lui avant de se moquer des autres.

C’est l’autodérision qui fait qu’on s’attache à ce petit gros, pas très beau, gentil comme tout, qui découvre, ô horreur, qu’il perd ses cheveux très jeune et à un rythme alarmant.

Il y a du Woody Allen chez Trogi.

Tout le film est vif, intelligent, pétillant, complètement dépourvu de prétention.

Les scènes qui parodient le grand cinéma italien en noir et blanc des années 1960 sont à se rouler par terre si on a vu, jadis, Marcello Mastroianni ou Vittorio Gassman avec les cheveux gominés et les lunettes noires.

Pur moment de bonheur, ce film prouve qu’il n’est pas nécessaire de viser bas pour faire rire.